Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- L’aigle bicéphale
- La cour fermée entre les arches
- La plaque de granit portant une inscription
L’histoire du lieu
Derrière l’arche extérieure se trouve tout un couloir de contrôle : une façade cérémonielle avec un aigle bicéphale, une cour fermée et un second passage. Dans cette cour, on arrêtait les charrettes, le bétail et les voyageurs, on inspectait ce qu’ils apportaient et on percevait un droit d’entrée. Le conseil municipal remplaça la construction des portes, dangereusement vétuste, par ce nouveau double passage. À l’intérieur a subsisté une plaque de granit sur ceux que l’on laissait passer sans paiement ; les autres étaient retenus ici.
Le nom Bisagra n’a pas de lien avec les charnières de porte. On le fait dériver de l’arabe « Bāb Shaqra », « porte de la Sagra », la plaine située au nord de Tolède. C’est de là qu’une route arrivait à la ville en traversant la vallée du Tage ; l’entrée principale fut donc aménagée de ce côté des remparts.
L’aspect actuel date du seizième siècle. Les anciennes portes menaçaient de s’effondrer, et le conseil municipal les fit reconstruire d’après les plans d’Alonso de Covarrubias. Du côté de la route, cela donna une façade triomphale avec l’aigle bicéphale de l’empereur Charles Quint ; derrière elle se trouvent une cour fermée et une autre arche. Ces deux obstacles n’étaient pas nécessaires à la seule défense. On y retenait les personnes et les animaux, on contrôlait les marchandises apportées et on percevait le portazgo, droit d’entrée et de commerce dans la ville.
En mille cent quatre-vingts, le roi de Castille Alphonse VIII décida à qui devait revenir la moitié des revenus de ce droit. Son royaume était en guerre contre les États musulmans de la péninsule Ibérique, et des personnes des deux côtés de la frontière tombaient en captivité. La libération dépendait habituellement d’une rançon : si la famille ou des bienfaiteurs ne réunissaient pas l’argent, la captivité pouvait durer des années.
Alphonse attribua les revenus des portes à l’hôpital tolédan de l’ordre de Santiago. Un hôpital médiéval ne se consacrait pas au seul traitement des malades : cette institution fut notamment créée pour racheter des chrétiens captifs. Une charte royale évaluait la moitié du portazgo perçu ici à trois cents pièces d’or. Dans le calcul de l’époque, dix pièces étaient prévues pour un captif ; la taxe de Bisagra devait donc procurer la liberté à environ trente personnes par an. C’était un calcul, et non une liste conservée des personnes libérées chaque année : les documents ne donnent pas les noms de la plupart d’entre elles. Mais il était expressément interdit aux administrateurs de l’hôpital de dépenser cet argent pour d’autres besoins.
Onze ans plus tard, Alphonse réduisit le nombre de personnes exemptées du droit afin d’augmenter les recettes. Des rois ultérieurs confirmèrent de nouveau la donation, et le rachat des captifs demeura l’activité principale de l’hôpital jusqu’à la fin du quinzième siècle. Ainsi, pendant des décennies, le contrôle ordinaire des charrettes à l’entrée nord alimenta une caisse bien précise : on y payait le retour de personnes depuis la captivité.
À l’intérieur de la porte subsiste une plaque de granit portant une inscription qui se traduit ainsi : « Sont exemptés du portazgo les habitants de Tolède, de ses montagnes et des lieux qui lui sont soumis. » Elle énumère ceux que le percepteur devait laisser passer sans paiement. Les autres étaient retenus ici.
Sur place
La visite extérieure est accessible vingt-quatre heures sur vingt-quatre ; l’accès rénové par le parc de la Vega a ouvert le 19 juin 2026.
Vérifié : 24 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Le récit principal se lit de l’extérieur et pendant le passage à travers la porte ; pour une vue d’ensemble, éloignez-vous de la façade sans gêner la circulation.
