Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Deux volontaires de pierre
- Le drapeau entre les mains des figures
- Un vers de l’hymne sur le piédestal
- Deux médaillons de bronze sur la façade de la Banque de France
L’histoire du lieu
En mille sept cent quarante, le maréchal François-Marie de Broglie, qui commandait les troupes royales en Alsace, ordonna de transformer le marché aux chevaux qui se trouvait ici en une place de promenade bordée de tilleuls. Il en reste le nom de Broglie et la forme allongée de l’espace. Aujourd’hui encore, un marché hebdomadaire s’y tient, et, avant Noël, on y installe des rangées d’étals festifs.
Près de l’hôtel de ville, deux volontaires de pierre tiennent la hampe d’un même drapeau. Sur le piédestal est gravé le premier vers de l’hymne français : « Allons, enfants de la Patrie ». Le sculpteur Alfred Marzolff créa ce monument après la Première Guerre mondiale ; il fut inauguré le quatorze juillet mille neuf cent vingt-deux. La composition comprenait des portraits de bronze de deux hommes : l’auteur du chant, Claude Joseph Rouget de Lisle, et celui qui le lui avait commandé, le maire de Strasbourg Philippe-Frédéric de Dietrich.
Le vingt avril mille sept cent quatre-vingt-douze, la France révolutionnaire déclara la guerre au monarque de la maison de Habsbourg. Strasbourg se trouvait près de la frontière et l’armée du Rhin y était stationnée. Le maire Dietrich avait besoin d’un chant avec lequel les soldats pourraient partir en campagne. Il s’adressa au capitaine du génie Rouget de Lisle : voué à son métier d’officier, celui-ci écrivait déjà des poèmes et de la musique pour les fêtes de la ville.
En une nuit, Rouget de Lisle composa les paroles et la mélodie du « Chant de guerre pour l’armée du Rhin ». Le lendemain, on l’interpréta dans la maison de Dietrich. Un célèbre tableau réalisé plus tard montre l’auteur chantant, la main levée, mais une lettre de famille conserve une autre scène. Dietrich chanta lui-même la nouvelle œuvre de sa voix de ténor, tandis que son épouse, Louise-Sibylle de Dietrich, arrangea la musique pour le clavecin et d’autres instruments, puis se mit à recopier les parties. Pour les personnes réunies, c’était un bon morceau de marche, qui ne portait pas encore le nom de « La Marseillaise ».
L’une des copies parvint à François Mireur, un volontaire de Montpellier. Le vingt-deux juin, il la chanta lors d’un banquet patriotique à Marseille ; le lendemain, un journal local en imprima le texte. Les volontaires marseillais apprirent le chant et l’emportèrent avec eux à Paris. Les Parisiens l’entendirent par les méridionaux arrivés dans la ville et commencèrent à l’appeler « le chant des Marseillais », puis « La Marseillaise ».
Pour ses premiers interprètes, la révolution se termina plus durement. Dietrich cherchait à préserver la monarchie constitutionnelle. Après la chute du roi, il fut accusé de complot, et même son acquittement ne lui rendit pas la liberté : le vingt-neuf décembre mille sept cent quatre-vingt-treize, l’ancien maire fut exécuté à Paris. Rouget de Lisle protesta contre l’arrestation de Dietrich, perdit son poste d’officier, puis passa presque un an en prison. Tandis que l’auteur était détenu, les armées républicaines interprétaient son chant ; en mille sept cent quatre-vingt-quinze, on le déclara hymne national.
Le monument fut installé place Broglie parce qu’en mille neuf cent vingt-deux, on considérait que la première interprétation avait eu lieu lors d’une soirée dans l’hôtel particulier de la famille Dietrich, qui se dressait ici, à l’emplacement de l’actuelle Banque de France. Plus tard, des archivistes découvrirent que le maire louait alors une autre maison, rue des Charpentiers, sous l’actuel numéro dix-sept. L’adresse exacte de la soirée historique reste discutée, et le bâtiment de la place auquel était rattachée l’ancienne version n’existe plus.
En mille neuf cent quarante, l’administration nationale-socialiste ordonna de briser le monument de Marzolff. Quarante ans plus tard, les artisans de la Fondation de l'Œuvre Notre-Dame restaurèrent les volontaires de pierre à partir du modèle en plâtre conservé. Les deux médaillons de bronze de l’ancienne composition sont désormais fixés sur la façade de la Banque de France : Dietrich et Rouget de Lisle sont restés face à la copie de pierre du monument créé pour leur chant.
Sur place
La place et le monument sont accessibles de l’extérieur sans horaires ; les événements municipaux et les marchés peuvent modifier les passages.
Vérifié : 24 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.C’est une étape entièrement extérieure. Faites le tour du monument pour lire toute la composition, et cherchez les médaillons séparément : ils ne se trouvent pas sur le monument lui-même.
