Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Les bâtiments de production rouges et blancs
- La plaque commémorative portant le portrait d’Alfred von Vacano
- La rive de la Volga devant la brasserie
L’histoire du lieu
Un complexe brassicole fonctionne sur la rive de la Volga : les bâtiments de production rouges et blancs se dressent derrière un remblai et une digue qui protègent cette parcelle contre les crues et l’érosion. La brasserie possédait son propre débarcadère, et sa bière était acheminée par le fleuve, à bord de bateaux à vapeur et de barges frigorifiques, vers des dizaines de villes. Avant les bâtiments actuels, la brasserie du marchand Vassili Boureïev fonctionnait ici ; la ville la reçut ensuite en règlement de dettes, et la rive fut désertée. La brasserie portait le nom de « Jigouli » bien avant qu’une variété de bière soviétique reçoive le même nom.
Les bâtiments rouges et blancs au bord de la Volga sont encore occupés aujourd’hui par la production de bière. Pourtant, l’entreprise ne commença pas par une recette. Alfred von Vacano, ingénieur et négociant en matériel de brasserie, vint dans la ville de Samara pour créer une grande brasserie à vapeur et commença par participer aux enchères pour cette rive.
Une brasserie délabrée appartenant au marchand Vassili Boureïev se trouvait déjà ici. Boureïev s’était endetté auprès de ses créanciers, l’entreprise passa à la ville et fut désertée. L’emplacement convenait à Alfred von Vacano : la voie commerciale de la Volga passait à proximité, le chemin de fer arrivait jusqu’à la ville de Samara, la population augmentait et il n’y avait presque aucun concurrent local sérieux. En mille huit cent quatre-vingts, l’entrepreneur demanda à l’administration municipale de Samara deux mille huit cents sajènes carrées de terrain pour quatre-vingt-dix-neuf ans.
Lors des enchères, il affronta le négociant en céréales Piotr Soubbotine, qui comptait obtenir la même parcelle. Soubbotine proposa un loyer annuel de deux mille deux cents roubles. Alfred von Vacano ajouta un rouble et l’emporta. Cet écart décida qui disposerait de la rive pendant presque un siècle entier.
Le vainqueur faillit perdre son acquisition immédiatement après les enchères. La construction et l’équipement engloutirent l’argent avant que la brasserie ait eu le temps de s’affermir. Alfred von Vacano dut chercher des associés. Le brasseur Moritz Faber et ce même Piotr Soubbotine, qu’il avait devancé d’un rouble, lui apportèrent leur aide. Son ancien rival investit dans l’entreprise et, en mille huit cent quatre-vingt-un, les trois hommes fondèrent une société à parts dotée d’un capital de deux cent mille roubles. Dans les nouveaux bâtiments, on commença à brasser le Viennois et le Viennois de table ; la société construisit son propre débarcadère et acquit des bateaux à vapeur ainsi que des barges frigorifiques. La Volga, qui avait conduit Alfred von Vacano à choisir cette parcelle, transporta la bière de la ville de Samara vers des dizaines de villes.
Le contrat de location recelait une autre obligation : les propriétaires devaient protéger la rive contre l’érosion et les inondations printanières. Alfred von Vacano aménagea une digue, remblaya de terre l’espace devant la brasserie et y créa un jardin et des espaces aménagés. Quelques années plus tard, les élus de la douma municipale accusèrent la société de s’être emparée sans autorisation de nouvelles terres. L’entrepreneur répondit que ces terres s’étaient formées au cours des travaux prescrits par le contrat et proposa de payer un loyer distinct pour celles-ci. Une commission municipale inspecta la rive, jugea le montant suffisant et observa que le quai de la brasserie était plus solide que celui de la ville. La société conserva la parcelle, et les bâtiments bénéficièrent d’un accès protégé à leur propre débarcadère.
La famille von Vacano perdit la brasserie pendant la Première Guerre mondiale et la révolution. Bien qu’il fût déjà sujet russe, le fondateur fut accusé d’espionnage en raison de ses origines autrichiennes et expulsé de la ville de Samara. L’affaire fut ensuite classée après que des falsifications y eurent été découvertes. En mille neuf cent dix-huit, l’entreprise fut nationalisée ; endommagée pendant les combats, la brasserie perdit une partie de son équipement, tandis qu’Alfred von Vacano quitta la Russie.
Quelques années plus tard, l’État eut besoin de personnes capables de relancer la production. Les fils du fondateur obtinrent un bail de douze ans pour la brasserie familiale. Lothar von Vacano signa le contrat, les frères remirent l’équipement en état et, au printemps mille neuf cent vingt-trois, on brassa de nouveau de la bière ici. Ils ne furent pas autorisés à aller au terme du bail : l’État racheta d’abord le bloc de contrôle des actions, puis s’empara entièrement de l’entreprise en avril mille neuf cent vingt-neuf. La plupart des frères quittèrent le pays. Alfred von Vacano mourut ce même printemps.
La brasserie portait déjà le nom de « Jigouli » en mille huit cent quatre-vingt-un. La variété de bière soviétique Jigouliovskoïe n’apparut qu’un demi-siècle plus tard et reçut son nom de l’entreprise. Une plaque portant le portrait d’Alfred von Vacano est désormais fixée au mur du complexe de production préservé ; derrière elle, les bâtiments que sa société construisit sur la rive de la Volga protégée par ses soins continuent d’être utilisés conformément à leur fonction.
Sur place
L’extérieur est visible à toute heure. La rubrique officielle consacrée aux visites indique que celles-ci sont suspendues depuis le 1er novembre 2022 ; les anciens horaires disponibles en ligne doivent être vérifiés par téléphone.
Vérifié : 24 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Prévoyez surtout d’observer les lieux depuis la rue : la brasserie est en activité, tandis qu’une visite intérieure nécessite une organisation distincte et ne fait pas partie du parcours habituel.
