Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- La structure blanche en acier
- Les fragments de fondations
- Les vestiges de la cuisine du sous-sol
- Les lignes de lettres sur les dalles de pierre
L’histoire du lieu
La structure blanche en acier, dans la cour, dessine les dimensions de la maison disparue de trois étages. La cour porte le nom de Benjamin Franklin, imprimeur et représentant de la Pennsylvanie à Londres : sa maison de Philadelphie se trouvait ici, au fond de l’îlot. À l’automne mille sept cent soixante-cinq, cette maison faillit devoir être défendue les armes à la main — son propriétaire se trouvait alors de l’autre côté de l’océan.
Après des décennies passées dans des locaux loués, Benjamin et Deborah Franklin décidèrent de construire leur propre maison. Benjamin engagea un artisan, mais partit pour Londres avant la fin des travaux afin d’y obtenir des décisions pour la Pennsylvanie. La construction et l’argent de la famille restèrent à la charge de Deborah. Leur aisance venait de l’imprimerie et de la boutique : le mari publiait un journal et des almanachs, tandis que sa femme faisait du commerce, tenait les comptes et gérait les affaires pendant ses absences. Depuis Londres, Franklin demandait les dimensions des fenêtres, s’informait de la cave et ordonnait de verrouiller la pièce où se trouvaient ses papiers. Deborah déplaçait les livres, vérifiait les poêles et attendait ses instructions avant même d’enfoncer les clous destinés aux tableaux.
La même année, le Parlement britannique instaura le droit de timbre. Les journaux, les documents juridiques et même les cartes à jouer devaient être imprimés sur un papier spécial revêtu d’un timbre acquitté. Franklin tenta de s’opposer à ce droit, puis estima que la loi serait de toute façon adoptée et proposa son allié John Hughes au poste de vendeur de papier timbré. À Philadelphie, on y vit la preuve que Franklin avait lui-même aidé à inventer l’impôt. Des menaces apparurent de détruire les maisons de Hughes et de Franklin.
Pendant neuf jours, des connaissances tentèrent de convaincre Deborah de partir. Elle refusa. Il n’y avait pas d’armes dans la maison ; Deborah demanda donc à un cousin d’apporter un ou deux fusils, fit venir son frère avec son fusil et transforma l’une des pièces en dépôt de munitions. À l’étage, elle ordonna d’aménager une défense qu’elle pourrait elle-même assurer. Deborah déclara qu’elle n’avait offensé personne et qu’elle ne quitterait pas sa propre maison.
Cette nuit-là, l’attaque n’eut pas lieu. Des amis et des voisins vinrent proposer leur aide ; on annonça à Deborah que huit cents habitants de la ville étaient prêts à défendre toute personne dont on tenterait de saccager la maison. Après avoir reçu sa lettre, Franklin répondit qu’une femme qui avait décidé de défendre sa maison méritait une belle maison. En mille sept cent soixante-six, le Parlement abrogea le droit de timbre après des auditions lors desquelles Franklin prit aussi la parole ; pourtant, il ne rentra pas chez lui : sa mission se poursuivait.
Deborah mourut en mille sept cent soixante-quatorze. Benjamin arriva à Philadelphie un an plus tard. La maison qu’ils construisaient pour y vivre ensemble, les époux ne la partagèrent jamais. Plus tard, Franklin s’installa ici avec la famille de sa fille et mourut ici en mille sept cent quatre-vingt-dix.
En mille huit cent douze, les petits-fils de Franklin démolirent la maison : le terrain au centre-ville rapportait davantage s’il était bâti en rangées de locaux à louer. De l’ancien bâtiment subsistent des fragments de fondations et la cuisine du sous-sol. Au-dessus se dresse la structure blanche, et des lignes tirées des lettres de Benjamin et Deborah sont incrustées dans les dalles de pierre de la cour : ses instructions depuis Londres et ses rapports depuis la maison qu’elle se prépara un jour à défendre.
Sur place
La structure elle-même se voit bien dans la cour ; les vestiges souterrains et les documents du musée dépendent de l’accès aux expositions.
