Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- L’arche basse en acier
- Les figures dorées sur les pylônes
- Les nymphes de la Seine
- Les nymphes de la Neva
L’histoire du lieu
Le pont Alexandre-III relie les rives de la Seine entre les palais de la rive droite et l’esplanade des Invalides sur la rive gauche. La large chaussée repose sur une seule arche basse en acier : le lit du fleuve a été laissé libre pour les bateaux, et la vue sur le dôme des Invalides n’a pas été masquée par de hauts appuis. Lors de l’Exposition universelle, les visiteurs empruntaient le pont entre ses deux grandes parties. Au milieu de la travée, on distingue les nymphes de la Seine avec les armoiries de Paris et les nymphes de la Neva avec les armoiries russes ; sur les pylônes au-dessus d’elles s’élèvent des figures dorées.
Le sept octobre mille huit cent quatre-vingt-seize, le pont n’existe pas encore ici. Sur la rive droite, sous un dais rouge et or, se trouve un bloc de granit. On s’apprête à y déposer un protocole signé, et une truelle d’or ainsi qu’un marteau d’acier sont prêts à côté. L’empereur russe Nicolas II prend la truelle, applique le ciment et frappe deux fois le bloc. Le président français Félix Faure répète ses gestes. L’impératrice Alexandra Feodorovna appose sa signature à côté des leurs.
Nicolas est venu confirmer l’accord que son père lui a laissé. Alexandre III, l’empereur russe dont le pont porte le nom, avait accepté, au début des années mille huit cent quatre-vingt-dix, une alliance militaire avec la République française. Après sa défaite dans la guerre contre l’Allemagne, la France avait besoin d’un allié. La Russie avait perdu son ancien accord de neutralité avec l’Allemagne, avait besoin de prêts français pour ses chemins de fer et son industrie, et cherchait un contrepoids à l’Allemagne et à l’Autriche-Hongrie. Selon la convention militaire, la Russie et la France promettaient d’agir ensemble si l’une d’elles était attaquée par les États de la Triple-Alliance : l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie.
Les conditions de la convention n’étaient pas destinées aux journaux. En revanche, le rapprochement était montré au public par des réceptions, des visites d’escadres et des cérémonies. Alexandre III ratifia le traité, mais mourut en mille huit cent quatre-vingt-quatorze. La même année, le président français Sadi Carnot, sous lequel les négociations avaient commencé, fut assassiné. Leurs deux successeurs devaient prouver que l’accord n’avait pas disparu avec les personnes qui l’avaient signé.
Félix Faure, le président qui cherchait à renforcer l’alliance, invita Nicolas à Paris. Deux jours avant la pose de la première pierre, le gouvernement français donna au futur pont le nom d’Alexandre III. Le fils vint ainsi fixer dans la pierre le nom de son père défunt et sa principale décision de politique étrangère. Dans le protocole caché dans le bloc de granit furent inscrits les noms de Nicolas, d’Alexandra et de Faure, ainsi que l’objectif de la construction : le pont devait être achevé pour l’Exposition universelle de mille neuf cents.
Il fallait une traversée précisément ici parce que les organisateurs de l’exposition traçaient un chemin direct des nouveaux Grand Palais et Petit Palais, sur la rive droite, à l’esplanade des Invalides, sur la rive gauche. Les ingénieurs reçurent pour mission de laisser la Seine sans appui intermédiaire et de ne pas obstruer la perspective du dôme. Ils posèrent la chaussée sur une seule arche basse en acier. Le pont est donc large, mais s’élève à peine au-dessus des quais : les visiteurs y passaient entre les deux grandes parties de l’exposition, tandis que les bateaux franchissaient l’unique travée par-dessous.
La cérémonie parisienne eut une suite un an plus tard. Faure se rendit à Saint-Pétersbourg, où Nicolas II l’accueillit lors de la pose de la première pierre du pont de la Trinité sur la Neva. L’empereur et le président déposèrent des pièces d’argent dans les fondations, scellèrent les plaques de fondation avec du ciment et reprirent le marteau. La construction fut confiée à la Société de construction des Batignolles. Nicolas répondit à l’invitation à Paris par un pont de conception française, et Faure eut le temps d’accomplir lui-même le geste réciproque.
Faure ne vécut pas jusqu’à l’inauguration du pont parisien. Le quatorze avril mille neuf cents, son successeur Émile Loubet ouvrit l’Exposition universelle et mit la traversée en service. Ce nom et cette date sont gravés sur la pile de la rive droite, en aval. Nicolas, Alexandra et Faure restèrent dans le protocole de fondation caché, tandis que le nom d’Alexandre III fut donné à l’ensemble du pont. Au milieu de la travée, du côté aval, les sculpteurs placèrent les nymphes de la Seine avec les armoiries de Paris, et du côté opposé, les nymphes de la Neva avec les armoiries russes.
Sur place
Pont urbain ouvert ; des restrictions temporaires sont possibles en raison d’événements, de mesures de sécurité, de travaux routiers ou sur les quais de Seine.
Vérifié : 28 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Observez d’abord le pont depuis l’approche où toute la travée est visible, puis gagnez le trottoir ; près des garde-corps, ne bloquez pas le passage pour prendre une photo.
