Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- La maquette en argent de l’Idaho
- Deux lampes aux verres verts
- D’autres maquettes de navires
- La statuette en bois
L’histoire du lieu
Sous la voûte de cette chapelle est suspendu un trois-mâts en argent, avec une ancre, une hélice et deux feux verts. L’édifice actuel fut construit après la destruction de la première chapelle dans un incendie, et l’ancienne statuette en bois de la Vierge fut conservée dans la partie muséale. Plus tard, des gens du port et des marins recommencèrent à venir ici, et des maquettes de navires apparurent peu à peu sous le plafond de la nef. On n’y laissait pas des dons abstraits, mais les remerciements de ceux qui croyaient être revenus vivants de la mer.
En mille six cent cinquante-cinq, Marguerite Bourgeoys commença à rassembler des pierres ici. Elle était arrivée à Ville-Marie comme enseignante et comptait ouvrir la première école, mais il y avait encore très peu d’enfants d’âge scolaire dans la jeune colonie. Bourgeoys se consacra alors à une autre tâche : elle décida d’aménager, près de la ville, une chapelle de pèlerinage. La croix du mont Royal était loin, le chemin devenait difficile en hiver et l’on craignait les attaques au-delà de l’enceinte de la ville.
Pour la construction, on choisit une hauteur au-dessus du fleuve, juste derrière la palissade. Bourgeoys n’avait pas d’argent. Elle demandait aux personnes qu’elle avait aidées de travailler ici quelques jours. Paul de Chomedey de Maisonneuve ordonna de préparer du bois et participa lui-même au transport des billes ; les maçons acceptèrent de travailler sans être payés.
Deux ans plus tard, Gabriel de Queylus, chef des prêtres paroissiaux récemment arrivés, arrêta la construction. Il considérait très probablement qu’une chapelle séparée était prématurée : Ville-Marie n’avait pas encore d’église paroissiale achevée. Le différend entre les dirigeants de l’Église se prolongea, et les fondations restèrent presque vingt ans inachevées.
Bourgeoys les couvrit d’un petit abri en bois destiné à la prière. Elle avait rapporté de France une statuette en bois de Notre-Dame-de-Bon-Secours. Bon-Secours signifie, dans ce nom, l’aide dans le malheur. En mille six cent soixante-treize, la statuette fut installée dans la chapelle provisoire et, après une nouvelle autorisation, la construction reprit. En mille six cent soixante-dix-huit, Bourgeoys obtint le temple pour lequel elle avait rassemblé des pierres et sollicité des journées de travail.
La première chapelle brûla en mille sept cent cinquante-quatre. Le lendemain, on retrouva parmi les restes calcinés la statuette et son reliquaire. L’édifice actuel fut construit plus tard, et la figurine de bois demeure dans la partie muséale du complexe. Marguerite Bourgeoys eut le temps de voir la chapelle achevée ; ses restes y reposent désormais eux aussi.
Près de deux siècles plus tard, une demande d’aide amena ici un autre groupe de personnes. Ignace Bourget, évêque de Montréal, fit renaître les pèlerinages à la chapelle, où commencèrent à venir des travailleurs du port et des marins. Le même évêque appelait les jeunes Canadiens à rejoindre les zouaves pontificaux, une infanterie de volontaires qui défendait les possessions du pape Pie IX pendant l’unification de l’Italie.
En mille huit cent soixante-dix, Rome capitula, et les zouaves étrangers furent désarmés puis libérés. Pendant leur détention après la reddition, selon le récit de l’un des Canadiens, on leur distribuait chaque jour une demi-miche de pain noir et neuf sous. Ils furent ensuite conduits en Angleterre et embarqués sur l’Idaho, qui allait de Liverpool à New York.
Dans l’Atlantique, l’Idaho fut pris dans une forte tempête. Les Canadiens décidèrent que le navire périrait. Le sergent-major Gédéon Désilets proposa à ses camarades de faire un vœu : s’ils atteignaient le rivage, ils viendraient à Notre-Dame-de-Bon-Secours et y laisseraient une maquette de leur navire. La tempête s’apaisa, l’Idaho atteignit New York et les zouaves revinrent à Montréal. Ils attribuèrent leur salut à l’intercession de la Vierge Marie.
Deux ans plus tard, environ cent anciens zouaves se réunirent de nouveau dans la chapelle. Ils suspendirent sous la voûte une maquette de l’Idaho, fabriquée à leur demande : la première maquette de navire apportée ici comme offrande votive. À l’intérieur de la maquette, ils placèrent une capsule contenant les noms de soixante-neuf zouaves et de huit détachements de jeunesse. Les signataires promettaient de toujours entretenir les feux allumés sur le navire.
L’Idaho en argent, à trois mâts, est toujours suspendu au centre de la nef. Il possède une cheminée, une hélice, une ancre et deux lampes aux verres verts. Les autres maquettes de navires apparurent sous les voûtes seulement après lui.
Sur place
Faites le tour de la chapelle du côté du port, sinon son visage maritime est facile à manquer. Les maquettes de navires et les couches archéologiques ne sont visibles qu’en cas d’accès à l’intérieur.
