Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Bandes de granit du pavement
- Anciens pavés
- Bancs
- Façade du Club Uruguay avec ses loggias
L’histoire du lieu
Les bandes de granit, les pavés et les bancs apparurent sur la rue Sarandí après sa piétonnisation, en mille neuf cent quatre-vingt-douze. Mais son tracé resta le même : cette ligne droite relie la Porte de la Citadelle de Montevideo — la Citadelle ayant aujourd’hui disparu —, à la place de la Constitution et passe devant la cathédrale métropolitaine de Montevideo, le Cabildo de Montevideo et le Club Uruguay. C’est donc par ici que passaient les processions officielles entre la cathédrale et la résidence présidentielle près de la place de l’Indépendance.
La rue s’appela d’abord rue Carrera, puis rue San Carlos. Son nom actuel lui fut donné en mille huit cent quarante-trois par Andrés Lamas, chef de la police municipale durant le long siège de Montevideo. Il remplaçait les noms coloniaux honorant des saints par des noms tirés de l’histoire locale. Sarandí est un ruisseau situé dans l’actuel département de Florida, où, le douze octobre mille huit cent vingt-cinq, Juan Antonio Lavalleja, commandant des insurgés de la Province orientale, tenta d’arrêter des détachements réunis de l’Empire du Brésil. Lorsque la cavalerie brésilienne passa à l’attaque, Lavalleja ordonna de mettre les carabines dans le dos et de prendre les sabres. Ses cavaliers l’emportèrent au corps à corps et occupèrent la partie centrale de la province. Douze jours plus tard, le congrès de Buenos Aires vota le rattachement de la Province orientale aux Provinces-Unies du Río de la Plata. L’apparition définitive d’un Uruguay indépendant exigea encore une guerre et des négociations, mais Lamas choisit précisément le nom de cette victoire pour la rue principale.
Cinquante-quatre ans plus tard, la rue Sarandí fut le théâtre du seul assassinat d’un président en exercice dans l’histoire de l’Uruguay. Le pays traversait une guerre civile : des détachements du Parti national combattaient le gouvernement du président Juan Idiarte Borda, et celui-ci avait aussi des adversaires irréconciliables au sein de son propre Parti Colorado. L’un d’eux était Avelino Arredondo, âgé de vingt-trois ans. Il travaillait comme commis — vendeur et assistant du propriétaire — dans une boutique de la rue Buenos Aires voisine et voulait tuer le président parce que, comme il le déclara plus tard aux enquêteurs, celui-ci gouvernait mal le pays.
Le vingt-cinq août mille huit cent quatre-vingt-dix-sept, Idiarte Borda assista à la cathédrale à un office d’action de grâce, à l’anniversaire de la proclamation de l’indépendance. Après l’office, le président prit la tête d’une procession qui emprunta la rue Sarandí vers le palais Estévez. Arredondo attendait dans la foule, en face du Club Uruguay. Il avait mis dans sa poche un billet portant son nom et son adresse : il comptait sur le fait que les gardes le tueraient sur place.
Arredondo ne reconnut pas le président de visage et demanda à la personne qui se tenait près de lui lequel des passants était Idiarte Borda. On lui répondit : celui qui porte l’écharpe. D’une distance d’environ deux mètres et demi, Arredondo tira sur l’écharpe présidentielle. Le blessé fut transporté au Cabildo de Montevideo, où il mourut. Le tireur ne s’enfuit pas et opposa à peine de résistance lors de son arrestation. Le tribunal le condamna à cinq ans de prison ; il fut libéré en mille neuf cent deux et travailla ensuite à l’administration des douanes. Le président du Sénat, Juan Lindolfo Cuestas, prit la place du président assassiné, reprit les négociations avec les insurgés et, moins d’un mois plus tard, les parties conclurent la paix.
La maison numéro 331, près de laquelle Arredondo attendait, relève de l’ancienne numérotation. En revanche, le Club Uruguay se dresse toujours en face : un haut palais aux loggias, à l’angle de la rue Sarandí et d’Ituzaingó. Entre sa façade et l’actuelle chaussée piétonne passait le président que l’assassin ne put identifier qu’à son écharpe.
Sur place
La rue est ouverte gratuitement vingt-quatre heures sur vingt-quatre ; l’activité des vitrines, des cafés et des échoppes d’artisans est surtout diurne.
Vérifié : date non indiquée. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Écoutez cette étape en vous écartant vers le bord du flux de piétons. La maison liée à l’attentat reste une partie de la rue ordinaire, et non un espace mémoriel distinct.
