Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Trois secteurs du jardin
- Deux bassins elliptiques
- Plates-bandes de plantes médicinales
- Deux arbres de ginkgo
L’histoire du lieu
Derrière le palais de Brera subsiste un petit jardin botanique comprenant trois zones de plantations, séparées par deux bassins ovales. On y cultivait autrefois des légumes et des fruits pour la maison jésuite, et l’on se promenait dans les allées. Plus tard, le jardin fut réservé à l’enseignement des futurs médecins et pharmaciens, qui devaient observer des plantes vivantes au fil des saisons. Dans la partie proche sont entretenues des cultures destinées à la médecine, à la cuisine et à la teinture des tissus, tandis qu’au fond du jardin poussent des ginkgos des deux sexes.
Au printemps mille sept cent soixante-quinze, Fulgenzio Vitman ordonna d’arracher les arbres de l’ancien jardin jésuite de Brera et de retourner tout le terrain. Quelques mois plus tard, il n’y restait que de la terre nue. Un témoin écrivit à son frère que même un mouton mourrait de faim dans un tel jardin et demanda : pourquoi commencer les Lumières par la destruction ?
Vitman, moine catholique et professeur de botanique, voulait que les futurs médecins et pharmaciens étudient sur des plantes vivantes. Avant cela, la formation des pharmaciens milanais était dirigée par leur corporation professionnelle : l’apprenti entrait chez un maître, travaillait dans sa boutique, puis cette même corporation décidait s’il pouvait être admis à la profession. La nouvelle chaire devait remplacer cette formation par un cours systématique.
Vitman lui-même avait aussi besoin de ce travail. Il enseignait à Pavie lorsqu’il apprit qu’on envisageait d’inviter un autre botaniste à sa place. Vitman demanda au ministre autrichien à Milan, Carlo Firmian, de lui trouver un nouveau poste. En juillet mille sept cent soixante-quatorze, il obtint une chaire à Brera et s’installa ici.
Le terrain fut trouvé à la faveur d’une vaste réorganisation de l’Église. L’année précédente, le pape avait dissous la Compagnie de Jésus, et son palais milanais, avec son jardin, était passé à l’administration autrichienne. L’impératrice Maria Theresia d’Autriche envisageait d’installer à Brera une bibliothèque publique, des salles de cours et des institutions scientifiques. Derrière le palais, les jésuites cultivaient des légumes et des fruits et utilisaient les allées pour se promener. Vitman avait besoin d’un jardin d’étude où les plantes pourraient être comparées, classées et montrées aux étudiants à différents stades de croissance.
Firmian espérait s’en tirer presque sans dépenses. Après avoir inspecté le terrain, Vitman exigea qu’on apporte de la terre tamisée, qu’on installe l’arrosage, qu’on libère des locaux pour hiverner trois mille pots et qu’on construise des serres chauffées. Les fonctionnaires n’approuvèrent qu’une partie des travaux. Du vivant de Vitman, aucun véritable local chauffé pour les plantes tropicales ne vit jamais le jour.
On économisa aussi sur le professeur lui-même. Vitman reçut une chambre meublée dans le palais : sa communauté n’avait pas de monastère à Milan. Son salaire annuel s’élevait à mille deux cents lires, tandis que les autres professeurs de Brera recevaient en moyenne environ deux mille lires. Il demanda une augmentation pour ses frais d’entretien, ne l’obtint pas et s’endetta. Pour rembourser ses dettes, Vitman vendit à l’État quarante volumes de son propre herbier, une partie d’une collection qu’il avait réunie pendant trente ans. Elle comptait environ six mille espèces, dont de rares plantes américaines ; les organes qui ne pouvaient pas être séchés, le botaniste les dessinait à l’aquarelle. Les volumes achetés furent envoyés non pas ici, mais à Pavie. Les feuillets survivants de cet herbier sont encore conservés hors de Brera.
Pour le jardin, Vitman choisit une autre méthode d’enrichissement. Il envoyait des graines à Turin, Pavie, Florence et Parme, et demandait en échange ce qui manquait à Milan. Par l’intermédiaire de diplomates, il commandait des plantes à Vienne, Zurich et aux Pays-Bas. Les graines reçues étaient parfois abîmées ou mal étiquetées, mais les échanges remplirent peu à peu les plates-bandes vidées. Dès le premier été, soixante-douze personnes vinrent suivre les cours, nettement plus que ne l’avaient prévu les organisateurs. En mille sept cent quatre-vingt-dix-huit, le jardin abritait des plantes médicinales pour les médecins et les pharmaciens, et neuf cent cinquante pots d’espèces exotiques étaient installés dans un local protégé.
Le plan actuel reprend l’aménagement créé sous Vitman : trois secteurs sont séparés par deux bassins elliptiques. Dans les premiers secteurs, l’université continue de rassembler des plantes médicinales, alimentaires et tinctoriales. Dans le secteur le plus éloigné poussent deux ginkgos, un mâle et une femelle. Ils furent plantés ici vers mille sept cent quatre-vingts, sous la direction de ce même professeur à qui l’on avait d’abord donné une terre vide, une chambre bon marché et un salaire qui ne couvrait pas ses dépenses.
Sur place
C’est un jardin d’étude : restez donc sur les allées et ne touchez pas les plantes ; vérifiez l’accessibilité de l’entrée sur place ou à l’avance.
