Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Façade principale
- Entrée d’apparat
- Vestibule d’apparat
L’histoire du lieu
Le treize juillet mille neuf cent cinquante-quatre, l’artiste Frida Kahlo mourut. Le lendemain, son cercueil fut apporté dans le vestibule d’apparat du Palais des Beaux-Arts de Mexico. L’autorisation fut donnée par Andrés Iduarte, directeur de l’Institut national des beaux-arts. C’était de lui que dépendait le choix des personnes auxquelles on rendrait ici hommage au nom de la principale institution artistique du pays.
La célébrité actuelle de Kahlo peut fausser l’enjeu de cette décision. De son vivant, elle ne tint au Mexique qu’une seule exposition personnelle, seulement un an avant sa mort. Les médecins lui interdisaient de quitter son lit ; l’artiste arriva donc au vernissage dans une ambulance et reçut les invités allongée. L’Institut préparait déjà l’exposition suivante de ses œuvres : les tableaux appartenaient à différents propriétaires, leur rassemblement s’éternisait, et Kahlo l’attendait avec impatience. Sa mort interrompit les préparatifs.
Iduarte décida de remplacer l’exposition qui n’avait pas eu lieu par un hommage posthume. Différents groupements artistiques lui demandèrent d’accueillir le cercueil au Palais. Il ne soumit pas sa décision au ministre de l’Éducation : selon lui, la loi sur l’autonomie de l’Institut permettait au directeur de décider lui-même dans de tels cas. Plus tard, Iduarte expliqua son choix sans détour : évaluer les mérites des artistes relevait de son travail, et les œuvres de Kahlo méritaient de tels adieux.
Le nom du bâtiment explique pourquoi le cercueil fut apporté précisément ici. Il fut commencé comme Théâtre national. En mille neuf cent trente-deux, le ministre des Finances Alberto Pani ordonna de transformer le théâtre inachevé en principale institution nationale des arts, avec des musées et des salles d’exposition. C’est alors qu’apparut le nom de Palais des Beaux-Arts de Mexico. Après son ouverture, en mille neuf cent trente-quatre, on y donna des opéras, des ballets et des pièces de théâtre, on y organisa des concerts et des expositions d’art. Des adieux publics dans son vestibule signifiaient la reconnaissance officielle d’une personne comme faisant partie de la culture nationale.
Pendant la cérémonie, on posa sur le cercueil de Kahlo un drapeau rouge du Parti communiste mexicain. Iduarte affirma qu’il ne l’avait pas autorisé et qu’il n’avait pas su à l’avance qu’il y aurait ce drapeau. Il demanda à plusieurs reprises aux proches de l’enlever. Ils répondaient qu’ils exécutaient la dernière volonté de Kahlo. Le directeur refusa alors d’interrompre les adieux au cercueil, bien qu’il comprît ce qu’il risquait.
Vingt-quatre heures après la cérémonie, le ministre de l’Éducation José Ángel Ceniceros destitua Iduarte. Le directeur perdit son poste précisément pour avoir décidé de laisser entrer le cercueil au Palais et pour ne pas avoir ordonné d’enlever le drapeau par la force. Après les adieux, le corps de Kahlo fut emporté pour être incinéré ; ses cendres se trouvent aujourd’hui dans une urne à la Casa Azul, à Coyoacán.
Il ne reste dans le vestibule ni le cercueil, ni le drapeau rouge, ni aucune marque permanente de ce jour. On y organise toujours des adieux publics pour des artistes, des écrivains, des musiciens et des comédiens : le cercueil est de nouveau placé dans la salle d’apparat du Palais des Beaux-Arts de Mexico, et les portes sont ouvertes pour une cérémonie publique.
Sur place
L’observation extérieure suffit pour achever l’itinéraire. Les fresques, les salles d’exposition et les spectacles exigent une visite distincte ; ne comptez pas entrer sans vérifier le programme.
