Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- La longue banquette de béton
- Le trottoir sur supports
- Le viaduc de pierre
- Le château d’If
L’histoire du lieu
Depuis la Corniche Kennedy, on aperçoit le château d’If. Pour certains de ceux qui construisaient cette route, l’île cessa un jour d’être un point à l’horizon pour devenir une prison.
Après la révolution de février mille huit cent quarante-huit, des milliers de tailleurs de pierre, de terrassiers et de journaliers restaient sans travail à Marseille. La nouvelle république leur promit du travail dans les ateliers municipaux : c’est ainsi que l’on appelait les chantiers de la ville qui embauchaient des chômeurs. Le conseil municipal de Marseille renonça même au projet d’un nouvel hôtel de ville : les fonds préparés furent affectés aux égouts et à une route le long de la mer.
On confia la direction des ateliers à l’ingénieur Franz Mayor de Montricher, qui avait déjà amené l’eau à Marseille. Il devait alors trouver rapidement une occupation pour plusieurs milliers de personnes. Il proposa de tailler à travers les rochers du littoral une voie partant de l’extrémité de l’avenue du Prado vers la mer, en direction du Vieux-Port. Jusque-là, des sentiers raides et séparés menaient aux anses. Les ouvriers commencèrent par le tronçon sud de la future Corniche et conduisirent la route jusqu’à l’anse de la Fausse-Monnaie.
Durant les premiers mois de la république, les ouvriers marseillais obtinrent une journée de travail de dix heures, une heure de moins que la limite générale en province. Pour un chômeur embauché sur un chantier municipal temporaire, cette heure représentait une perte très réelle sur son salaire quotidien. Lorsque, en juin, l’assemblée des députés annula cette concession et que le préfet Émile Ollivier ne parvint pas à la défendre, les ouvriers des ateliers municipaux, parmi lesquels les constructeurs de la Corniche et du canal, manifestèrent.
Le vingt-deux juin, ils se dirigèrent vers la préfecture. Après des affrontements avec des soldats, les participants élevèrent des barricades ; le lendemain, elles furent écrasées. Des centaines de personnes furent arrêtées et quatre cent dix-neuf furent inculpées. Beaucoup passèrent plus d’un an au château d’If. Cent cinquante-trois personnes furent traduites en justice : quatre-vingts furent acquittées, les autres condamnées principalement à la prison, et trois à la déportation. Dans les murs de la cour intérieure d’If, les détenus gravèrent des noms, la date de l’insurrection de juin, et appelèrent l’une des portes de leur prison « Hôtel du peuple souverain ».
Le premier tronçon de la route atteignit l’anse de la Fausse-Monnaie pour mille huit cent cinquante et un. Les constructeurs arrivèrent plus tard jusqu’à l’endroit où passe aujourd’hui l’itinéraire : entre mille huit cent soixante et un et mille huit cent soixante-trois, ils prolongèrent le tracé vers Les Catalans et le firent passer sur des viaducs au-dessus des anses. Le pont de pierre qui se trouve devant vous fut donc construit par d’autres ouvriers, mais ils suivirent le tracé que de Montricher avait imaginé pour les chômeurs de mille huit cent quarante-huit.
Le large boulevard apparut encore un siècle plus tard. La municipalité du maire Gaston Defferre supprima le tramway, aménagea deux voies automobiles dans chaque sens et plaça le trottoir, avec sa longue banquette de béton, sur des supports au-dessus de la pente. Les travaux se poursuivirent entre mille neuf cent cinquante-quatre et mille neuf cent soixante-huit. Pendant cette transformation, John Fitzgerald Kennedy, président des États-Unis, fut assassiné à Dallas. Cette même année mille neuf cent soixante-trois, le conseil municipal donna son nom à l’ancienne promenade de la Corniche. Kennedy n’était jamais venu ici : ce nom fut la réponse marseillaise à son assassinat.
Sous le trottoir de béton subsiste le tracé commencé par les ateliers municipaux. Et de l’autre côté de l’eau, les noms des ouvriers marseillais gravés dans les murs d’If se sont conservés, eux pour qui la construction de la Corniche s’acheva dans une cellule insulaire.
Sur place
La large promenade le long de la mer est ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre ; la circulation peut être interrompue lors de manifestations publiques.
Vérifié : date non indiquée. Vérifiez la source officielle avant votre visite.La Corniche est exposée au soleil, au vent et au bruit de la circulation. Observez le Marégraphe de Marseille depuis l’extérieur si le bâtiment est fermé ; au bord, ne gênez ni les pêcheurs ni les coureurs.
