Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- La plaque aux deux noms
- La façade de la maison n° 95
- La ligne escarpée de la rue
L’histoire du lieu
La Grande-Côte signifie littéralement « la grande pente ». Cette rue escarpée était le principal passage entre les ateliers de la Croix-Rousse et la ville basse, où se trouvaient les marchands de soie. Mais près de la maison qui porte aujourd’hui le numéro quatre-vingt-quinze, les canuts tentèrent un jour de transformer un commerce d’un tout autre genre : l’achat de pain, de beurre et d’autres produits de première nécessité.
Après l’insurrection de mille huit cent trente et un, le tarif de rémunération promis fut annulé. Même une famille qui travaillait pouvait facilement s’endetter auprès de l’épicier, qui fournissait les denrées à crédit et fixait lui-même le prix. Michel-Marie Derrion, fabricant de soieries, décida de libérer les canuts de cette dépendance envers les commerçants ordinaires. Son allié fut Joseph Reynier, propriétaire d’un atelier de tissage : il voulait que les acheteurs reçoivent une part des revenus du magasin et puissent en contrôler les comptes.
Ils lancèrent d’abord une souscription. Ils trouvèrent environ deux cents soutiens, mais les canuts versaient quelques francs chacun : cela ne suffisait pas pour un magasin. Derrion investit alors son propre capital, et Reynier donna toutes ses économies, environ trois mille cinq cents francs. Le vingt-quatre juin mille huit cent trente-cinq, un magasin appelé « Commerce véridique et social » ouvrit ici, dans la maison qui portait alors le numéro six.
La véridicité signifiait des livres de comptes ouverts : les participants pouvaient voir le prix d’achat, les recettes et le bénéfice. Ce bénéfice était partagé en quatre parts égales. L’une revenait aux apporteurs de fonds, une autre aux employés du magasin, la troisième était rendue aux acheteurs au prorata de leurs achats, et la quatrième allait à un fonds d’aide commun. L’acheteur devenait ainsi participant de l’entreprise. C’est pourquoi ce magasin est considéré comme la première coopérative de consommation française.
Le début fut réussi : après l’épicerie, d’autres points de vente apparurent, notamment une boulangerie et une boucherie. Puis survint la crise de mille huit cent trente-sept. Les canuts s’appauvrissaient à tel point qu’ils ne pouvaient plus soutenir même le magasin créé pour proposer des produits bon marché. En mille huit cent trente-huit, l’entreprise fit faillite, les économies de Reynier furent perdues et Derrion quitta Lyon.
Du magasin, il ne resta ni comptoir ni enseigne. Une plaque portant les noms de Derrion et de Reynier est accrochée sur la façade de l’actuelle maison numéro quatre-vingt-quinze. Elle marque l’endroit exact où la rue de passage des canuts fut, pendant trois ans, l’adresse de leur propre magasin.
Sur place
Rue escarpée et esplanade ouvertes ; après la pluie, la pierre peut être glissante, et le passage est peu commode avec des poussettes ou pour les personnes à mobilité réduite.
Vérifié : 28 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Descendez sans vous presser et faites des pauses en dehors du principal flux de piétons. Sur la pierre mouillée et les marches, choisissez votre appui avec une attention particulière.
