Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- L’enseigne orange « Cheung Hing »
- Les rouleaux verticaux dans des caisses en bois
- Les cartes d’échantillons
- L’ancien appareil de calcul
L’histoire du lieu
Cette partie de Nam Cheong Street fut surnommée la rue des Rubans pour ses échoppes de rubans, de galon, de dentelle, de broderie et de fermetures éclair ; pour les tissus, les perles et les boutons, on va ici dans les rues voisines. Après la guerre, tout un quartier de fournisseurs se forma autour des usines de confection et des ateliers à domicile, où chaque détail discret nécessaire aux vêtements se trouvait. Les lettres orange « Cheung Hing » sont visibles au-dessus de l’entrée et, à l’intérieur, les rouleaux verticaux se dressent dans des caisses en bois près des cartes d’échantillons. Lorsque la confection fut déplacée hors de Hong Kong, les anciennes expéditions par conteneurs disparurent, mais cette échoppe a conservé son ancien mode de commerce.
En mille neuf cent soixante et onze, le marchand de tissus Yuen Kwan-pan cherchait à Sham Shui Po un endroit pour ouvrir son propre magasin. Dix ans auparavant, il était arrivé de Shenzhen et avait trouvé un emploi de vendeur itinérant dans une boutique de draps sur Shanghai Street : il allait voir les clients, apprenait à distinguer les qualités de tissu et vivait de ses ventes. Il avait ensuite tenu une affaire pendant cinq ans avec un associé sur Portland Street. Yuen voulait désormais travailler sous son propre nom et choisit le numéro cent sept de Nam Cheong Street.
Cette adresse lui importait à cause des voisins. Après la guerre, des usines de confection et des ateliers à domicile ouvrirent à Sham Shui Po, et autour d’eux se réunirent les fournisseurs de tout ce qui entre dans la composition d’un vêtement fini. Sur Nam Cheong Street, on vendait des rubans, du galon, de la dentelle, de la broderie et des fermetures éclair ; dans les rues voisines, des tissus, des perles et des boutons. Les commerçants et les clients surnommèrent ce tronçon la rue des Rubans. Son nom officiel vient de la ville chinoise de Nanchang et n’a aucun rapport avec la confection.
Yuen Kwan-pan occupa une spécialité étroite : les tissus de doublure et d’entoilage. Les premiers sont cousus à l’intérieur des vêtements, les seconds renforcent les cols, les épaules et les devants. L’acheteur d’un manteau fini les voit généralement à peine, mais le fabricant a besoin d’une couleur, d’un grammage et d’une largeur précis. C’est pourquoi, dans l’échoppe « Cheung Hing », apparurent des cartes portant de petits échantillons, tandis que les rouleaux furent placés à la verticale dans des caisses en bois : le client pouvait assortir le tissu intérieur au tissu extérieur déjà choisi.
L’épouse de Yuen, Lai Hing-yung, participa avec lui à l’essor du magasin. Tout en élevant les enfants, elle dut apprendre elle-même à recevoir les clients, à distinguer les matières, à couper le tissu bien droit, à porter les rouleaux et à les attacher avec une cordelette blanche. Les époux ouvraient l’échoppe à neuf heures du matin et travaillaient jusqu’à onze heures du soir. Trois ans plus tard, ils purent ouvrir une succursale dans la rue voisine de Ki Lung Street. Dans les années soixante-dix et quatre-vingt, les doublures partaient d’ici par conteneurs entiers vers les usines de San Po Kong, To Kwa Wan et Kwun Tong ; Yuen fournissait également les marchands de tissu du marché couvert local.
Le magasin et la famille grandirent en même temps. L’année de l’ouverture, le deuxième fils du couple naquit. Lai Hing-yung lui donna le nom de Kai-yip : le caractère « yip » signifie affaire ou occupation et devait garder le souvenir des débuts du commerce familial. Bien des années plus tard, les trois enfants, après avoir terminé leurs études universitaires en Australie, revinrent aider leurs parents. Le fils aîné prit en charge la succursale de Ki Lung Street et les commandes étrangères, tandis que Kai-yip se mit à travailler aux côtés de son père au numéro cent sept.
Lorsque les usines de confection déplacèrent leur production hors de Hong Kong, les expéditions par conteneurs cessèrent. Yuen reconnaissait que le magasin avait tenu grâce à ses propres locaux : avec les loyers actuels, l’ancien commerce de doublures ne serait plus rentable. À l’intérieur, les rouleaux sont toujours rangés dans les caisses, un ancien appareil de calcul repose sur le comptoir, et le nom orange « Cheung Hing » se répète sur l’enseigne, les poutres et les boîtes de marchandises. Sous ces lettres travaille désormais Kai-yip, le fils nommé d’après l’affaire l’année même où son père ouvrit l’échoppe dans la rue des Rubans.
Sur place
Échoppes indépendantes ; les horaires varient. Une visite de jour est plus sûre qu’en soirée, et le dimanche peut être plus calme.
Vérifié : 25 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Observez le bâtiment depuis le trottoir et ne franchissez pas les portes fermées ; les anciennes enseignes au néon ont peut-être été démontées.
