Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Grilles fermées
- Colonnes de la maison principale
- Balcons
L’histoire du lieu
Des grilles fermées séparent de la rue un domaine urbain avec des colonnes, des balcons et une maison principale. La façade rappelle une villa française, tandis que le plan, les couleurs et les sujets décoratifs furent choisis pour un commanditaire vietnamien. On ignore qui a conçu la maison et à qui elle appartenait à l’origine. Plus tard, certaines pièces furent attribuées à des écoles, une aile avec des classes fut construite le long de la rue, puis démontée lors de la restauration, et l’ancien escalier ainsi que les anciens sols furent recouverts de platelages de protection.
L’architecte-restaurateur français Nicolas Wiest interdit aux ouvriers de soulever des carreaux entiers. Il avait pour mission de déterminer quelles parties de la demeure de Võ Văn Tần subsistaient depuis sa construction et lesquelles avaient été ajoutées plus tard. Les marques des fabricants n’étaient recherchées qu’au revers des carreaux déjà fissurés : endommager un carreau intact aurait signifié détruire précisément ce pour quoi la restauration avait été entreprise.
Le nouveau propriétaire, la société Minerva, acheta le domaine en deux mille quinze pour trente-cinq millions de dollars. Les spécialistes de l’immobilier évaluaient avant tout la parcelle donnant sur trois rues : pour récupérer une telle somme, il aurait fallu y construire un centre d’affaires ou une tour de bureaux. La société choisit un autre calcul : préserver la villa et y ouvrir des restaurants, des salles d’exposition et des lieux destinés aux événements culturels. Plus de vingt millions de dollars supplémentaires furent prévus pour la restauration.
La partie la plus difficile commençait non sur la façade, mais sous la peinture blanche à l’intérieur. Les spécialistes remarquèrent des taches de couleur au plafond et commencèrent à retirer les revêtements tardifs par petites zones. Sur l’une d’elles, ils comptèrent dix couches. Sous celles-ci apparurent des peintures murales et de plafond dans presque toutes les pièces : des fleurs, des fruits, les figures de douze jeunes filles célestes et des ornements, répartis entre les pièces selon les conceptions relatives aux cinq éléments. Les anciens artisans mélangeaient le pigment à de la colle animale, si bien que la peinture avait pénétré dans le plâtre. Lors de rénovations ultérieures, on tenta de gratter puis de recouvrir les motifs, sans pouvoir les supprimer entièrement.
Wiest fit venir des restaurateurs du Viêt Nam, d’Italie et d’Allemagne. Les uns déterminaient la composition des peintures, les autres cherchaient des méthodes de dégagement, les troisièmes s’occupaient de la maçonnerie et de la céramique importée. Dans les pièces, on trouva quatre-vingt-douze types de carreaux de sol ; de nombreux motifs avaient été conçus au Viêt Nam et fabriqués en France. La pierre de l’escalier central, en revanche, fut apportée de Da Nang. L’étude révéla aussi autre chose : l’aspect, avec ses colonnes et ses balcons, rappelle une villa française, mais le plan, les couleurs et les sujets décoratifs furent choisis pour un commanditaire vietnamien. Le nom de l’architecte et même l’identité du premier propriétaire n’ont jamais pu être établis par des documents. La maison fut probablement achevée entre mille neuf cent vingt-sept et mille neuf cent trente.
Le nom « Phương Nam », c’est-à-dire « Sud », apparut plus tard : c’est ainsi qu’un riche propriétaire, qui avait acheté la demeure au milieu du vingtième siècle, la nomma. Ensuite, certaines pièces furent louées à des écoles. Une aile supplémentaire destinée aux classes fut construite le long de la rue Bà Huyện Thanh Quan. Les restaurateurs démontèrent cette annexe tardive et recouvrirent l’escalier ainsi que les anciens sols de platelages de protection. Ce sont précisément les changements de résidents, les classes et les rénovations qui avaient laissé les couches qu’il fallut dissocier les unes des autres.
Après le dégagement, les propriétaires attribuèrent encore un autre nom au domaine : « Phương Nam Mansion », d’après le mot français « voile ». Il devait rappeler les revêtements retirés des peintures. On promettait d’y ouvrir trois restaurants, d’y organiser des expositions et de permettre aux visiteurs d’accéder aux intérieurs restaurés d’ici à la fin de deux mille vingt-deux.
L’ouverture n’eut pas lieu. À l’été deux mille vingt-six, Phương Nam était de nouveau mentionnée parmi les anciennes villas de la ville qui restent inutilisées depuis des années. Derrière les grilles fermées demeuraient la maison principale, les peintures dégagées et les carreaux des quatre-vingt-douze types que Nicolas Wiest avait ordonné de ne pas soulever sans nécessité.
Sur place
Propriété privée ; observation uniquement depuis la rue.
Vérifié : date non indiquée. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Ne comptez pas sur une entrée libre et ne tentez pas de regarder au-delà des limites de la propriété privée. Les intérieurs et les peintures mises au jour ne sont visibles que lors d’un accès organisé séparément.
