Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- La façade incurvée du cinéma
- L’inscription « Yara »
- Le corps élevé de Radiocentro
- L’entrée principale du cinéma
L’histoire du lieu
Le Cine Yara occupe la partie basse arrondie de Radiocentro : la salle compte mille cinq cents places, et derrière elle s’élève le corps en hauteur. Goar Mestre commanda le complexe pour son réseau de médias en expansion, dont les anciens locaux ne suffisaient plus. Sous un même toit furent réunis un écran de cinéma, des magasins, des bureaux, des studios de radio et des plateaux pour la future télévision. La première enseigne Warner fut remplacée par le nom d’une localité de l’est de Cuba liée au début de la lutte pour l’indépendance.
Le treize mars mille neuf cent cinquante-sept, l’animateur Faure Chomón prit son service de midi à Radio Reloj. Il lisait des nouvelles et des annonces publicitaires, mais ce jour-là, il attendait des hommes armés. Chomón appartenait au Directoire révolutionnaire clandestin et savait que ses compagnons préparaient une attaque contre le Palacio Presidencial. On ne lui avait pas communiqué l’heure exacte.
« Reloj » signifie « horloge » en espagnol. La station diffusait jour et nuit de brèves nouvelles et l’heure exacte ; les auditeurs avaient donc l’habitude d’apprendre ici un événement juste après qu’il s’était produit. Au départ, les participants à l’attaque envisageaient de s’emparer d’une station de radio plus puissante de la même entreprise. Chomón les convainquit de choisir Radio Reloj : le public serait plus susceptible de prendre pour un bulletin d’information urgent un message diffusé ici.
Le studio se trouvait au quatrième étage de Radiocentro. Ce complexe fut construit par l’entrepreneur des médias Goar Mestre, pour qui les anciens locaux de son réseau radiophonique étaient devenus trop étroits. Il commanda, dans un même bâtiment, des studios, des bureaux, des magasins, de futurs plateaux de télévision et une grande salle de cinéma. Le cinéma ouvrit en décembre mille neuf cent quarante-sept, et les stations de radio s’y installèrent au printemps suivant. L’entreprise américaine Warner obtint le droit d’exploiter la salle ; sa première enseigne fut donc « Teatro Warner Radiocentro ». Le corps bas à la façade incurvée était prévu pour mille cinq cents spectateurs ; derrière lui furent aménagés les étages où l’on préparait les émissions et les mettait à l’antenne.
Vers quinze heures vingt, José Antonio Echeverría entra dans la cabine : étudiant de vingt-quatre ans à la faculté d’architecture, président de la Fédération étudiante universitaire et dirigeant du Directoire révolutionnaire. Il cherchait à renverser Fulgencio Batista, qui avait pris la tête du pays après le coup d’État militaire de mille neuf cent cinquante-deux. Tandis qu’un groupe devait tuer Batista au palais, Echeverría comptait l’annoncer à la radio, appeler au soulèvement, puis gagner l’université, où on le connaissait comme dirigeant étudiant.
Echeverría posa devant les animateurs des messages tapés à la machine. Leur contenu tenait déjà pour connu le résultat de l’attaque du palais : Batista était mort, et des unités de l’armée se ralliaient aux insurgés. L’un des animateurs lut ces messages, puis présenta Echeverría. Celui-ci commença son allocution par les mots « Peuple de Cuba ! » et annonça la mort de Batista.
En réalité, les assaillants n’atteignirent pas leur objectif au palais. Batista resta en vie, et les personnes présentes à Radiocentro ne disposaient pas encore d’informations fiables sur l’issue de l’attaque. Après quelques phrases, un technicien de la station coupa l’émission. Lorsqu’on dit à Echeverría qu’on ne l’entendait plus, il tira sur la vitre de la régie et conduisit le groupe vers l’escalier. En bas, on ordonna à Chomón de ne pas monter avec eux dans la voiture : il fallait que l’on croie qu’on avait fait sortir l’animateur du studio contre son gré, sans quoi ses liens avec la clandestinité auraient été révélés.
La voiture d’Echeverría se dirigea vers l’université, mais se heurta à une patrouille de police près de la colline. L’étudiant sortit de la voiture, ouvrit le feu et fut mortellement blessé. L’appel ne provoqua pas le soulèvement pour lequel le microphone avait été pris ; l’enregistrement de l’allocution interrompue devint la dernière intervention conservée d’Echeverría.
La cabine historique se trouve toujours au quatrième étage du complexe. En deux mille dix-neuf, elle fut déclarée monument national. Radio Reloj elle-même occupe désormais le huitième étage du même Radiocentro et continue à diffuser l’heure et les nouvelles.
Depuis mille neuf cent cinquante-trois, la salle de cinéma s’appelait simplement « Radiocentro », et elle reçut son nom actuel en mille neuf cent soixante-treize. Yara est une localité de l’est de Cuba qui a donné son nom au début du soulèvement contre l’administration coloniale espagnole. En octobre mille huit cent soixante-huit, Carlos Manuel de Céspedes del Castillo libéra les esclaves qui lui appartenaient, proclama l’indépendance de Cuba et conduisit un détachement vers Yara. Les insurgés y furent vaincus, mais la guerre qu’ils avaient commencée dura dix ans. La façade incurvée porte désormais l’inscription « Yara » ; l’ancien nom « Warner » a disparu, mais la salle de cinéma est restée dans le même volume que Mestre avait relié aux studios de radio.
Sur place
L’extérieur est accessible depuis la rue. Les séances, la billetterie et l’accès au foyer dépendent de la programmation actuelle du cinéma ; aucun horaire permanent n’est confirmé. Vérifié le 2026-06-29.
Vérifié : 29 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Le récit est prévu pour une observation depuis la rue : ni séance ni accès à l’intérieur ne sont nécessaires. À ce carrefour animé, choisissez un endroit où vous ne gênez pas le passage et où vous entendez bien la circulation.
