Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Basses murailles de pierre
- Entrée étroite de la baie de La Havane
- Forteresse d’El Morro sur la rive opposée
L’histoire du lieu
Depuis la rive, La Punta paraît plus modeste qu’El Morro de l’autre côté de l’eau ; pourtant, les deux forteresses fonctionnaient comme une seule porte portuaire. Leurs canons tenaient sous leur feu le chenal étroit, et la lourde chaîne entre les rives devait arrêter un navire dès son entrée dans la baie. L’extrémité occidentale de cette barrière arrivait ici, aux murailles de pierre de La Punta. Dans le port, avant de traverser l’Atlantique, les navires espagnols chargés de marchandises américaines se rassemblaient, et ce passage était gardé avec un soin particulier.
Cette basse forteresse de pierre occupe la rive ouest, juste à l’entrée étroite de la baie de La Havane. La Punta signifie « la pointe » : cette extrémité de terre portait ce nom avant même l’apparition des murailles. San Salvador est une dédicace au Christ en tant que Saint-Sauveur. Le nom complet de la forteresse associe cette dédicace catholique à une indication précise du lieu.
En mille cinq cent cinquante-cinq, le corsaire français Jacques de Sores franchit l’entrée non défendue de la baie, s’empara de La Havane, tua des prisonniers, pilla des maisons et incendia la ville. Après son départ, les conseillers de La Havane placèrent des guetteurs sur la pointe, puis y ajoutèrent une tour et quelques canons. Cela ne suffit pas. Le roi Philippe II voulait préserver le port où les navires espagnols chargés de marchandises américaines se rassemblaient avant de traverser l’Atlantique, et il chargea l’ingénieur militaire Bautista Antonelli de verrouiller l’entrée de la baie.
Antonelli plaça deux forteresses face à face : La Punta sur cette rive et El Morro sur la rive opposée. Leurs canons pouvaient balayer de leurs tirs le chenal étroit, et une lourde chaîne tendue entre les rives empêchait un navire d’entrer dans le port. La Punta resta donc relativement petite : elle constituait une moitié des portes du port.
À l’été mille sept cent soixante-deux, une flotte britannique s’approcha de ces portes. La Havane était commandée par le gouverneur et maréchal Juan de Prado, tenu de défendre la ville et l’escadre espagnole qui se trouvait dans la baie. Il avait derrière lui trente-quatre années de service militaire et deux graves blessures. Une capitulation le menaçait de perdre son seul métier, son grade et ses biens.
Prado et les commandants qu’il avait réunis firent tendre la chaîne entre La Punta et El Morro, puis firent couler derrière elle trois vieux navires de guerre. Le chenal devint presque impraticable. Dans le même temps, les Espagnols privèrent leur propre escadre de la possibilité de prendre la mer et de combattre.
Le commandant de l’armée britannique, lord Albemarle, ne tenta pas de franchir la chaîne. Ses soldats débarquèrent à l’est de la baie et occupèrent la colline de La Cabaña, que les commandants espagnols jugeaient impossible à fortifier dans le temps qui restait. De cette hauteur, les Britanniques commencèrent le siège d’El Morro. Lorsque la forteresse orientale tomba, la chaîne perdit son sens : l’une de ses extrémités se trouvait aux mains de l’ennemi.
La Punta était alors commandée par le capitaine de frégate Fernando de Lortia, qui remplaçait le chef de garnison tombé malade. Il ordonna de tirer à travers le chenal sur El Morro capturé. Les artilleurs britanniques dirigèrent ensuite leur feu vers cette rive. Le onze août, ils détruisirent les parapets, mirent hors service la plupart des canons et ouvrirent plusieurs brèches dans les murailles. À l’intérieur, il y avait des morts et des blessés. Le chef de l’artillerie rapporta à Prado qu’il restait de la poudre pour quatre ou cinq heures de tir, et l’ingénieur annonça que l’on pouvait déjà donner l’assaut à travers les brèches.
Prado demanda à capituler. Pour les défenseurs survivants de La Punta, il négocia séparément le droit de sortir avec les honneurs militaires par l’une de ces mêmes brèches. Les Britanniques occupèrent La Havane pendant onze mois ; pour récupérer la ville, l’Espagne leur céda la Floride.
Prado fut envoyé en Espagne et jugé. Parmi les accusations figuraient deux décisions prises à l’entrée de cette baie : il n’avait pas fortifié la colline de La Cabaña et avait fait couler les navires, rendant son escadre inutile. Le tribunal militaire le destitua, le condamna à dix années d’exil et l’obligea à indemniser le trésor et les marchands. L’ancien gouverneur n’avait presque pas d’argent. Il céda les biens qui lui restaient, vécut grâce à son frère et à une modeste aide secrète du roi, puis mourut en exil.
Après le retour des Espagnols, ils réparèrent les murailles détruites. On ne tend plus la chaîne à travers l’eau, mais ses points d’ancrage se lisent toujours dans la géographie même des lieux : La Punta reste à une extrémité du chenal étroit, et El Morro à l’autre.
Sur place
Mer–Dim 10:00–18:00, Lun–Mar fermé
Vérifié : 19 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Le sens principal du lieu se comprend aussi depuis l’extérieur : placez-vous de manière à voir en même temps les deux rives de l’entrée de la baie. Ne vous approchez pas des parties fermées des fortifications et tenez compte du vent au bord de l’eau.
