Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- La voie carrossable
- Le pavage de la place
- La lisière des ruelles piétonnes
- L’espace pour les voitures
L’histoire du lieu
Sur le pavage, large pour une médina, il y a de la place pour les voitures, mais d’étroits passages piétons partent aussitôt de ses bords. La place fut achevée dans les années soixante, lorsqu’on cherchait un accès aux quartiers commerçants sans éventrer l’ancien bâti par de nouvelles rues. Ce secteur devint ainsi une rare frontière entre les transports urbains et la médina, qui reste piétonne au-delà.
R'cif signifie « route pavée ». Ce nom était porté par la mosquée voisine bien avant l’apparition de l’actuelle place. Elle se trouvait alors au-dessus de la rive ouverte de l’Oued Bou Khrareb. Désormais, son lit passe sous le pavage, et l’une des rares voies carrossables à l’intérieur de la médina se termine précisément ici.
Le choix de ce tracé est né des besoins des commerçants d’ici. Au milieu du vingtième siècle, chaque ballot de marchandises devait être acheminé au cœur de la médina sur un animal de bât : les automobiles ne passaient pas dans les ruelles. Pour les boutiquiers qui vivaient de la vente des marchandises livrées ici, c’était une limite quotidienne à leur activité. En même temps, l’Oued Bou Khrareb, situé dans la partie la plus basse de la ville, recevait les eaux usées et les déchets. Les habitants réclamaient à la fois un approvisionnement convenable et une solution sanitaire.
À la fin des années quarante, le Maroc se trouvait sous le Protectorat français au Maroc, et deux de ses services proposèrent des réponses opposées. Michel Écochard, chef du Service de l'urbanisme, voulait amener les automobiles jusqu’au centre de la médina. Dans un article de mille neuf cent cinquante et un, il proposa de couvrir l’Oued Bou Khrareb et de faire passer une route sur son lit : ainsi, il ne serait pas nécessaire de la percer à travers les quartiers d’habitation.
Henri Terrasse, chef du Service des monuments historiques, cherchait à préserver l’ancien réseau de rues. Il estimait qu’un passage automobile modifierait l’organisation de Fès el-Bali et entraînerait l’élargissement des ruelles. Derrière chacun d’eux se trouvait une responsabilité professionnelle distincte : Écochard répondait des conditions de vie et des transports, Terrasse des bâtiments et de l’urbanisme, pour lesquels la médina était protégée comme ensemble historique. Leur vif conflit s’acheva sans décision. Écochard quitta le Maroc en mille neuf cent cinquante-trois, Terrasse quatre ans plus tard ; à leur époque, la rivière ne fut pas couverte ici.
Dans les années soixante, les urbanistes marocains revinrent à la proposition d’Écochard. Ils couvrirent le lit de Bab Jdid à R'cif, y aménagèrent une entrée automobile et terminèrent la route par une place avec un espace pour les voitures. Les commerçants reçurent des livraisons plus près de leurs boutiques, et la ligne de la rivière disparut de la surface.
L’Oued Bou Khrareb coule encore aujourd’hui sous la place. La route venant de Bab Jdid suit son ancien lit ouvert, puis bute contre R'cif. Au-delà recommencent les ruelles piétonnes ; sous leur lisière, l’eau poursuit son chemin vers le côté nord de la place.
Sur place
La place est toujours ouverte ; la mosquée est ouverte uniquement aux musulmans
Vérifié : 19 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Écoutez le récit depuis la place, en choisissant un endroit à l’écart des charrettes, de la circulation et des commerces. Il n’est pas nécessaire d’entrer dans la mosquée : les principales relations spatiales sont visibles de l’extérieur.
