Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Arche de pierre du pont
- Lit de la rivière
- Ateliers de teinturiers
L’histoire du lieu
Sebbaghine signifie « pont des teinturiers ». Ce nom a conservé le souvenir de toute une corporation artisanale. Ces maîtres gagnaient leur vie en recevant des tisserands du fil de laine et de coton, en le teignant dans de grands récipients, en le rinçant, puis en rendant au client les écheveaux achevés. Les teinturiers élisaient leur amin, représentant de la corporation, qui veillait aux règles du métier et tranchait les litiges. Leurs boutiques s’étiraient jusqu’au passage : les routes entre les marchés s’y rejoignaient, et l’eau courante était nécessaire pour traiter le fil et évacuer l’eau déjà utilisée. Plusieurs de ces ateliers fonctionnent encore aujourd’hui dans la rue voisine.
La frontière formée par le lit de la rivière sous le pont séparait autrefois deux villes. Sur une rive se trouvait Madinat Fas, peuplée entre autres d’émigrés de Cordoue ; sur l’autre, Al-Aliya, la ville autour de la mosquée Karaouiyne. Chacune avait ses propres murailles, portes, marchés et souverains. Pendant près de deux siècles, les deux rives alternèrent entre commerce et guerre. Les premiers ponts apparurent déjà sous l’émir Dunas ibn Hamama, dans la première moitié du onzième siècle, mais les passages ne mirent pas fin à la rivalité. Peu après, les frères Al-Gisa et Al-Futuh gouvernaient séparément les rives et fortifiaient chacun leur moitié.
Ce n’est pas un accord qui mit fin à la division. Dans les années soixante du onzième siècle, Youssef ben Tachfine arriva à Fès. Ce chef des Almoravides était empêché de soumettre le nord du Maroc par la résistance des Maghraouas locaux, une tribu berbère zénète. Il prit d’abord la ville et y laissa un gouverneur avec quatre cents guerriers de sa tribu, les Lemtouna. L’ancien souverain, Muansir ibn Ziri, voulait reprendre Fès : il s’empara de nouveau de la ville, et le gouverneur almoravide fut tué.
Youssef entreprit un nouveau siège. Muansir mourut lors d’une sortie ; les habitants choisirent toutefois un autre chef et poursuivirent la défense. Youssef dut, pendant plusieurs années, prendre les forteresses des environs et priver Fès de soutien. Vers l’an mille soixante-dix, les Almoravides pénétrèrent définitivement dans la ville. Beaucoup de défenseurs issus des tribus zénètes furent tués ; les autres perdirent leur principale forteresse.
Après sa victoire, Youssef ordonna d’abattre les murailles qui se dressaient entre les deux rives, d’entourer les deux établissements d’une enceinte commune et de construire ou de rénover les passages sur la rivière. Une chronique médiévale attribue six ponts à ces travaux, parmi lesquels le pont Sebbaghine. Des chercheurs admettent que Youssef ait utilisé un passage plus ancien de Dunas, mais le résultat de sa décision ne fait aucun doute : deux villes fortifiées devinrent une seule Fès, et la circulation entre leurs marchés passa par de tels ponts.
L’arche de pierre en contrebas est plus récente que ce passage. Au début du quatorzième siècle, une inondation détruisit les ponts de la ville, et le pont Sebbaghine fut restauré sous le sultan mérinide Abou Saïd Othman II. Les murailles intérieures de Youssef ont disparu depuis longtemps. Il reste le lit de la rivière, le passage entre les anciennes rives et le nom des teinturiers sur la route allant des chaudronniers de Seffarine aux ateliers de tannage de Chouara.
Sur place
Ouvert en permanence
Vérifié : 19 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Choisissez un endroit d’où vous pouvez observer le pont sans gêner le passage. N’essayez pas de descendre vers l’eau ni de chercher à entrer dans les locaux de travail voisins.
