Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Façades de pierre identiques
- Arcades inférieures avec boutiques
- Rangées de fenêtres supérieures
- Ligne droite de la rue
L’histoire du lieu
La rue principale de Dubrovnik s’appelle officiellement la Placa, d’après l’expression latine signifiant « lieu ouvert commun ». Stradun est son ancien surnom vénitien, qui signifie littéralement « grande rue ». Sa largeur fut déterminée dès le Moyen Âge : les habitants comblèrent un petit bras de mer qui séparait le rocher de la ville du versant continental. Sur cette bande asséchée, ils tracèrent une voie droite allant de la porte occidentale à la place Luža. Quiconque traversait la ville devait passer par là ; le long du passage, on ouvrait des ateliers et des boutiques, et c’est aussi ici que se tenaient les processions et les cérémonies urbaines.
Le six avril mille six cent soixante-sept, un tremblement de terre fit s’effondrer ou endommagea gravement presque toutes les maisons de la ville. Un incendie se déclara ensuite. Environ la moitié des habitants périrent, ainsi que le recteur et de nombreux membres des conseils municipaux. La Placa fut encombrée de pierres, les locaux commerciaux disparurent, et les propriétaires survivants durent à la fois trouver un logement et sauver leur activité.
Le Sénat de la République de Raguse, conseil de nobles qui prenait les décisions de la ville, se reconstitua parmi ceux qui étaient restés en vie. Il laissa les propriétaires reconstruire les maisons privées, mais la Placa comptait aussi des bâtiments municipaux. Leurs petits locaux avec boutiques étaient loués tous les cinq ans à des commerçants et à des artisans. De ces portes dépendaient à la fois les revenus des locataires et les recettes de la trésorerie municipale.
Dès le vingt-trois septembre, quatorze sénateurs contre un exigèrent la reconstruction immédiate des premiers bâtiments municipaux. Le diplomate ragusain à Rome, Stjepan Gradić, qui cherchait à obtenir de l’aide pour la république dévastée, organisa la venue de l’ingénieur militaire pontifical Giulio Cerruti. Cerruti proposa une façade modèle pour le côté nord de la Placa. À l’automne, les sénateurs adoptèrent son dessin, mais ils y renoncèrent au printemps suivant. À en juger par la succession des décisions, le projet se révéla trop complexe et trop coûteux pour une ville où il fallait lancer de nombreux chantiers à la fois.
À ce moment-là, les sénateurs avaient aussi changé le mode de financement. Ils décidèrent de vendre les maisons construites avec des fonds publics et d’investir le produit de la vente dans la section suivante de la rue. En mai mille six cent soixante-huit, ils rejetèrent encore deux variantes et conservèrent un plan simple : quatre ouvertures commerciales en bas, l’ancienne ligne de construction et le rythme familier des fenêtres à l’étage. Le premier bloc de ce type, près du palais Sponza, fut achevé en mille six cent soixante-dix ; les façades suivantes le reprirent.
Cerruti repartit avec une généreuse récompense, mais aucun de ses projets connus par les documents ne fut réalisé ici. Les constructeurs prirent pour modèle une façade que l’architecte ragusain naturalisé d’origine française Jacques de Spinis avait créée dans cette même rue environ cent ans avant le tremblement de terre. Les nouvelles maisons devinrent plus spacieuses à l’intérieur, les appartements municipaux cédèrent la place à des logements privés, et la rangée commerciale fut séparée des habitations. À l’extérieur, les changements furent à peine visibles.
Les façades de pierre identiques le long du Stradun sont le résultat de ces négociations, de ces refus et de ces votes répétés. Derrière les arcades inférieures, les boutiques fonctionnent de nouveau, et les fenêtres supérieures conservent le dessin de la maison de Spinis, choisi par les sénateurs survivants pour une rue qu’il fallait rouvrir le plus vite possible.
Sur place
C’est une rue en activité et généralement très fréquentée. Écoutez près de la façade sans bloquer les entrées ; après la pluie, marchez avec une attention particulière sur les dalles polies.
