Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Le bâtiment en briques de l’ancienne centrale électrique
- La tour du moulin à vent sans pales
- Le vieux poirier
- Les alambics en cuivre
L’histoire du lieu
Ce bâtiment en briques fournissait à la brasserie Guinness de l’électricité et de la vapeur. Aujourd’hui, les alambics en cuivre occupent la salle des turbines, et le bâtiment abrite une distillerie et un centre d’accueil des visiteurs. Autour subsistent de rares vestiges d’un vaste quartier industriel : une tour de moulin à vent sans pales et un vieux poirier. Le nom Roe & Co a été ajouté à la façade après la construction des murs du bâtiment.
Le Thomas de Thomas Street est Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry, qui défendait le droit du tribunal ecclésiastique de juger les affaires du clergé. Le roi Henri II cherchait à transférer ces affaires au tribunal royal. Après leur dispute, quatre chevaliers tuèrent Becket en plein dans la cathédrale de Cantorbéry. Dans les années mille cent soixante-dix, Henri ordonna de fonder, sur la route occidentale qui partait de Dublin, l’abbaye Saint-Thomas-le-Martyr : c’est ainsi qu’était appelé Becket après sa canonisation. Le monastère se trouvait plus près de l’actuelle église Sainte-Catherine ; il contrôlait cette route ainsi que l’eau détournée de la rivière Poddle, qui faisait tourner les moulins voisins. Les bâtiments de l’abbaye ont disparu, mais la rue a conservé son nom.
Le bâtiment en briques de Roe & Co est lié à une histoire bien plus tardive. Une distillerie et un centre d’accueil des visiteurs y sont aujourd’hui en activité, mais la famille Roe n’a jamais distillé de whiskey dans ce bâtiment.
L’entreprise faisait elle-même remonter ses origines à mille sept cent cinquante-sept, lorsqu’un certain Peter Roe aurait acheté une petite distillerie sur Thomas Street. Les documents commerciaux de l’entreprise n’ont pas survécu, les identités de plusieurs Roe se sont confondues dans des récits ultérieurs ; cette date reste donc à confirmer. Une chaîne fiable commence au début du dix-neuvième siècle. Le négociant Peter Roe investissait dans la production de whiskey avec le distillateur dublinois Sylvester Costigan. Les partenaires convinrent que celui qui survivrait à l’autre recevrait leurs locaux communs, mais verserait sept mille cinq cents livres à l’exécuteur testamentaire du défunt. Costigan mourut en mille huit cent dix-sept. Peter versa l’argent, et la distillerie de Costigan sur Thomas Street devint le noyau de la future entreprise Roe.
Neuf ans plus tard, Peter mourut à son tour. Son fils George Roe, distillateur, prit la tête de l’entreprise et rassembla les établissements de production et les entrepôts de la famille en un seul complexe. L’entreprise fut appelée « George Roe & Company » parce que George en était le principal dirigeant ; son frère Henry resta copropriétaire. À la fin du siècle, les propriétés couvraient dix-sept acres, de Thomas Street presque jusqu’à la Liffey. Des passages couverts couraient entre les bâtiments, qui s’étendaient sur deux rues, et la production annuelle approchait les deux millions de gallons.
Au début des années mille huit cent cinquante, George, malade, décida de se retirer de la production. Selon l’accord, la direction et la plus grande partie des locaux passèrent à son frère Henry et aux neveux Henry junior et George junior : c’était à eux de poursuivre l’affaire. En échange, George s’assura une rente viagère de deux mille cinq cents livres par an.
Dix ans plus tard, le testament de George révéla que la famille s’était séparée autrement. Il accusa les personnes qui dirigeaient la distillerie de Thomas Street de fautes, fit de son épouse Mary son unique héritière et ne mentionna pas du tout son frère ni ses neveux. Les documents n’expliquent pas ce qui s’était précisément passé entre eux. En mille huit cent soixante-deux, les parents, d’après l’acte conservé, rendirent à George les locaux de la distillerie. Mais après sa mort, les neveux obtinrent tout de même le contrôle. Aucun document expliquant définitivement ce transfert n’a encore été trouvé. George n’avait pas d’enfants ; le récit répandu selon lequel ses fils héritèrent paisiblement de l’entreprise est donc faux.
C’est finalement le neveu Henry junior qui dirigea l’entreprise. Avec l’argent gagné ici, il donna environ deux cent vingt mille livres, entre mille huit cent soixante et onze et mille huit cent soixante-dix-huit, pour la reconstruction de la cathédrale Christ Church de Dublin. Le don coïncida avec un ralentissement du commerce et surchargea à la fois ses finances personnelles et les ressources de l’entreprise. En mille huit cent quatre-vingt-neuf, la société fut liquidée et vendue. Henry mourut cinq ans plus tard en Angleterre ; son héritage ne contenait plus qu’environ cinq cent quatre-vingt-dix livres.
Les nouveaux propriétaires fusionnèrent l’entreprise Roe avec d’autres distilleries de Dublin, mais, dans les années mille neuf cent vingt, la production sur Thomas Street cessa. Après la liquidation définitive de l’entreprise, le terrain fut acquis par la brasserie Guinness, qui démolit la plus grande partie de l’ancien complexe.
Le bâtiment actuel fut construit en mille neuf cent quarante-huit comme centrale électrique de Guinness : on y produisait de l’électricité et de la vapeur pour la brasserie. Diageo, actuel propriétaire de Guinness, remit le nom Roe sur une étiquette en deux mille dix-sept, puis, deux ans plus tard, ouvrit une distillerie en activité dans l’ancienne salle des machines. De l’ancienne entreprise Roe subsistent à proximité une tour de moulin à vent sans pales et un vieux poirier. Les alambics en cuivre de l’actuelle distillerie Roe & Co se trouvent dans l’ancienne salle des turbines des voisins qui avaient autrefois acheté le terrain de l’entreprise fermée.
Sur place
Thomas Street est accessible en permanence. Roe & Co : le Powerhouse Bar et les expériences Flavours Experience / Beyond The Blend ont des horaires différents ; il est préférable de réserver les visites, l’âge minimum pour les visites guidées est de 18+.
Vérifié : 26 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Ne prenez pas la distillerie actuelle pour l’usine Roe entièrement conservée : le complexe historique occupait un territoire bien plus vaste. Les espaces de production se visitent séparément ; à l’extérieur, mieux vaut rester sur la voie publique.
