Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- La statue de marbre à la main levée
- L’inscription sur le piédestal
- Les livres, le rouleau et la harpe à ses pieds
L’histoire du lieu
Sur l’actuelle place, on aménageait autrefois des réservoirs d’eau pour le bétail, et l’ancien nom, place des Jagüeyes, rappelait précisément cela. Aujourd’hui, son centre est occupé par une figure de marbre représentant un orateur, la main levée et un manuscrit dans l’autre main ; à ses pieds se trouvent des livres, un rouleau et une harpe. Plus tard, dans un roman de Gabriel García Márquez, la place reçut un autre nom, littéraire : le parc des Évangiles.
Le dix-neuf février mille huit cent quatre-vingt-neuf, le président de la Colombie, Rafael Núñez, prononça ici un discours devant une nouvelle statue de marbre. Il voulait que la ville reconnaisse comme son héros un homme à la réputation ternie. Sur le piédestal, on grava le jugement définitif : « À José Fernández Madrid, la patrie reconnaissante ».
José Fernández Madrid était un médecin de Carthagène et l’un des acteurs de la rupture avec l’Espagne. En mille huit cent onze, il signa l’acte d’indépendance de la province. Cinq ans plus tard, les troupes espagnoles ramenaient la Nouvelle-Grenade sous le contrôle de la Couronne, le précédent chef de la république avait démissionné et l’armée battait en retraite. Le Congrès élut Fernández Madrid président des Provinces-Unies de la Nouvelle-Grenade, un État éphémère de rebelles. Il tenta de refuser : le pays, disait-il, ne pouvait déjà plus être sauvé. Les députés insistèrent, et il accepta la fonction.
Après une tentative infructueuse de négocier avec le commandement espagnol, Fernández Madrid se replia vers le sud. Il fut capturé avec son épouse près de Chaparral. Les tribunaux militaires du général Pablo Morillo, qui dirigeait l’offensive espagnole, envoyaient les chefs de l’indépendance devant le peloton d’exécution. Fernández Madrid demanda grâce et proposa de se soumettre de nouveau au roi. Morillo lui laissa la vie sauve, remplaçant l’exécution par l’exil.
Le prix de ce salut apparut après son retour. Pendant neuf ans, Fernández Madrid vécut à Cuba et fit vivre sa famille grâce à la médecine ; parmi ses patients figuraient des Africains réduits en esclavage, amenés à La Havane sur des navires négriers et retenus dans des baraquements de banlieue. Lorsqu’il revint à Carthagène, les journaux rappelèrent que d’autres dirigeants étaient morts, tandis que l’ancien président avait imploré le pardon. Il répondit en publiant des documents et expliqua qu’il avait accepté, contre sa propre volonté, la direction d’une république déjà condamnée.
Le pouvoir républicain le rappela pourtant au service. Francisco de Paula Santander nomma Fernández Madrid représentant du pays en France, puis envoyé en Grande-Bretagne. Il mourut de tuberculose à Londres, tout en restant diplomate de la Colombie.
Près de soixante ans après sa mort, Núñez ne répéta ici que la partie de la biographie qu’il voulait fixer dans la mémoire de la ville : Fernández Madrid avait proclamé l’indépendance de Carthagène. La place, auparavant appelée place des Jagüeyes à cause des réservoirs d’eau pour le bétail aménagés ici, reçut le nom de l’homme représenté par la statue. La main levée figure un orateur, tandis que l’autre tient un manuscrit ; à ses pieds sont sculptés des livres, un rouleau et une harpe. L’uniforme de marbre promet un héros sans hésitation, et l’inscription du piédestal clôt la controverse qui l’avait accueilli dans sa patrie.
Plus tard, Gabriel García Márquez donna à cette place un autre nom. Dans le roman « L’Amour au temps du choléra », elle devint le parc des Évangiles, près duquel vivait Fermina Daza. Au cours d’un entretien enregistré sur l’un des bancs d’ici, l’écrivain admit que, lorsqu’il composait le roman, il ne savait d’abord pas quelle place de Carthagène choisir, mais que le caractère de Fermina rendit précisément ce lieu convaincant à ses yeux. Márquez désigna aussi le héros de la statue, qui avait donné à la place son nom officiel. Il n’y a pas ici de véritable maison de Fermina : c’est une adresse fictive qui est liée à la place, et non une façade précise.
Sur place
Place publique ; passage libre, avec possibilité d’événements municipaux et de l’affluence habituelle en soirée.
Vérifié : 1 juillet 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Faites le tour du monument et écoutez le récit à l’ombre, sans bloquer les allées ni les passages entre les bancs.
