Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- La chaussée large de trente mètres
- La ligne rectiligne de l’avenue
- Les façades des deux côtés
L’histoire du lieu
L’avenue de Mai fut tracée là où il n’y avait auparavant aucune rue. Une bande de trente mètres de large fut aménagée à travers le milieu des pâtés de maisons, entre l’avenue Rivadavia et la rue Victoria, aujourd’hui avenue Hipólito Yrigoyen. Elle relie aujourd’hui la place de Mai au palais du Congrès de la Nation argentine, mais elle devait à l’origine faciliter le trajet du port à la gare de Once : le palais du Congrès de la Nation argentine, à son extrémité ouest, n’existait pas encore. Le nom de l’avenue reprenait celui de la place et rappelait la révolution de Mai de mille huit cent dix.
Le projet fut porté par Torcuato de Alvear, premier maire de Buenos Aires après que la ville fut devenue capitale fédérale. Il voulait créer une large voie de circulation dans le centre, où les étroites rues coloniales ne suffisaient déjà plus au trafic et étaient considérées comme dangereuses pour une ville surpeuplée après l’épidémie de fièvre jaune.
En mille huit cent quatre-vingt-quatre, Torcuato de Alvear obtint une loi autorisant l’expropriation des biens immobiliers situés sur le futur tracé. La municipalité manquait de fonds. On proposait aux propriétaires de céder la bande de terrain nécessaire en échange d’avantages fiscaux et de l’augmentation de la valeur de la partie restante du terrain. La loi permettait aussi de prendre l’ensemble du bien immobilier : les fonctionnaires comptaient ensuite vendre le terrain excédentaire, désormais doté d’une façade sur le nouveau boulevard, et financer les travaux avec cette différence.
À l’intersection avec la rue Perú se trouvait le terrain d’Isabel Francisca Armstrong de Elortondo. C’était la riche veuve d’un grand propriétaire foncier ; ce bien immobilier faisait partie du capital familial. La future avenue coupait en deux sa propriété située rue Perú, aux numéros quatorze à dix-huit. Les juristes de la municipalité exigèrent le transfert de tout le terrain, y compris de la partie qui ne tomberait pas sous la chaussée. Isabel Francisca Armstrong de Elortondo refusa.
Le tribunal fédéral soutint d’abord la municipalité. Isabel Francisca Armstrong de Elortondo fit appel et porta le litige devant la Cour suprême. En mille huit cent quatre-vingt-huit, quatre juges contre un décidèrent que seule la partie qu’occuperait réellement la rue pouvait être expropriée. Pour la première fois dans l’histoire argentine, les juges refusèrent d’appliquer une loi au motif qu’elle était contraire à la Constitution.
Isabel Francisca Armstrong de Elortondo céda une bande de trente mètres, mais conserva le reste du terrain. Après le percement de l’avenue, ce terrain reçut une nouvelle façade et prit brusquement de la valeur. La commission municipale dut négocier avec les autres propriétaires selon les mêmes règles ; certains firent monter le prix, les travaux s’éternisèrent, puis s’arrêtèrent pendant la crise économique de mille huit cent quatre-vingt-dix. Torcuato de Alvear ne vécut pas jusqu’à l’inauguration. L’avenue fut inaugurée solennellement le neuf juillet mille huit cent quatre-vingt-quatorze.
Le bien immobilier d’Isabel Francisca Armstrong de Elortondo, rue Perú, n’existe plus. La chaussée de l’avenue de Mai passe aujourd’hui par la partie que le tribunal avait autorisé à exproprier.
Sur place
Rue urbaine ouverte, accessible vingt-quatre heures sur vingt-quatre ; les manifestations et les événements officiels peuvent modifier le passage.
Vérifié : 28 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Parcourez un côté après l’autre, en ne traversant qu’au signal autorisant le passage : le flux des voitures détourne facilement l’attention des façades. Il vaut mieux considérer les anciens hôtels et les anciens cafés comme des adresses de mémoire urbaine, et non comme des intérieurs dont l’accès est garanti.
