Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Quai le long du canal
- Calle degli Ormesini
- Ponte degli Ormesini
- Maisons d’habitation à l’emplacement des ateliers
L’histoire du lieu
Sur la Fondamenta degli Ormesini se trouvent des maisons d’habitation et les tables d’établissements, et le quai conserve le nom d’ateliers disparus. Les « ormesini » ne sont ni un nom de famille ni le nom d’un peuple. C’est ainsi qu’on appelait à Venise des étoffes de soie légères, nommées d’après Ormuz, port persan par lequel elles arrivaient en Méditerranée.
Ce furent des gens fuyant Lucques, en Italie, qui commencèrent à les tisser ici. En mille trois cent quatorze, les exilés gibelins de Lucques, partisans de l’empereur, qui cherchaient à revenir dans leur ville natale, y conduisirent une armée pisane. Les vainqueurs pillèrent Lucques durant trois jours. Leurs adversaires guelfes s’enfuirent ; parmi eux se trouvaient des teinturiers, des tisserands et des marchands de soie. Tout ce dont ils vivaient ne pouvait être emporté que partiellement dans une autre ville : les outils, oui, mais pas les ateliers ni les stocks. L’essentiel restait la connaissance de techniques que Lucques cherchait à garder chez elle.
Le conseil vénitien vit dans les fugitifs l’occasion de créer sa propre production de soie coûteuse. Il leur proposa des prêts, mais exigea qu’ils remboursent en étoffes et en outils de Lucques. En mille trois cent vingt et un, le sénat accorda des privilèges commerciaux à soixante familles. En acceptant, les artisans risquaient leur vie : les lois de la corporation de la soie de Lucques prescrivaient d’exécuter les citoyens qui exerçaient ce métier hors de Lucques — étrangler les hommes, brûler les femmes.
Une partie des migrants s’établit dans le Cannaregio, près de l’église Santa Maria dei Servi. Le quartier fut surnommé Piccola Lucca — la Petite Lucques. Ici, les arrivants installèrent des métiers à tisser et commencèrent notamment à produire des ormesini. L’étoffe au nom persan était désormais fabriquée à Venise, et les marchands vénitiens l’envoyaient même vers les marchés orientaux.
Les fugitifs parvinrent aussi à reconstituer leur communauté. En mille trois cent cinquante-neuf, ils créèrent la Confrérie du Saint-Visage, en l’honneur d’un crucifix vénéré à Lucques ; plus tard, le Conseil des Dix reconnut officiellement la confrérie, et leur propre chapelle apparut près de l’église des Servi.
Il n’y a plus de métiers à soie sur le quai. Des ateliers subsiste une inscription précise dans l’espace urbain : la Fondamenta, la Calle et le Ponte degli Ormesini portent le nom de l’étoffe que les exilés de Lucques acceptèrent de produire ici aux conditions de Venise.
Sur place
Promenade ouverte ; accès généralement possible à toute heure.
Vérifié : 28 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.C’est un quai résidentiel et de restauration en activité. Laissez libre le passage entre les façades, les visiteurs et l’eau.
