Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Statue équestre
- Inscription « Artigas »
- Relief de bronze autour du socle
- Escaliers du mausolée
L’histoire du lieu
Au centre de la place, un cavalier se dresse au-dessus de son propre tombeau. Un seul mot est inscrit sur le socle de granit : « Artigas ». En dessous, entre deux escaliers, se trouve le mausolée avec l’urne de José Gervasio Artigas.
Les urbanistes avaient attribué à cet endroit le rôle d’entrée solennelle du nouveau Montevideo. Après le démantèlement des fortifications coloniales, ils y tracèrent la limite entre la Ciudad Vieja et les quartiers situés au-delà des anciens remparts. En mille huit cent trente-sept, la place de l’Indépendance apparut sur le plan. La Citadelle de Montevideo elle-même, qui occupait environ la moitié de l’espace actuel, servit encore de marché pendant plusieurs décennies. Lorsqu’elle fut finalement entièrement démolie, le chemin venant de la vieille ville se prolongea à travers la place par l’avenue du 18-Juillet. Depuis la fin du dix-neuvième siècle, les principales cérémonies officielles s’y tenaient ; c’est pourquoi le monument à l’homme reconnu comme le fondateur de l’État uruguayen fut placé ici.
Artigas commença comme capitaine de la cavalerie frontalière espagnole. Le service dans ce corps était son métier : il patrouillait les régions rurales, gardait la frontière et poursuivait les contrebandiers. En mille huit cent onze, il quitta la garnison espagnole et rejoignit les révolutionnaires. En cas de victoire, cela lui donnait la possibilité de soulever sa Bande orientale natale contre la couronne espagnole ; en cas de défaite, cela le privait de son grade et faisait de lui un traître.
Revenu avec un petit détachement, Artigas prit la tête du soulèvement, vainquit les Espagnols à Las Piedras et reçut des habitants le titre de Chef des Orientaux. Il défendait une union républicaine et fédérative des provinces, dans laquelle les décisions ne seraient pas dictées depuis Buenos Aires. Lorsque les alliés conclurent une trêve et ordonnèrent de lever le siège de Montevideo, des milliers de familles suivirent Artigas. Cet exode est représenté dans le relief de bronze autour du socle : des charrettes, des cavaliers et des personnes quittant leurs maisons avec leur commandant.
Le projet d’Artigas survécut quelques années, à l’invasion portugaise et à la guerre contre ses anciens alliés. En mille huit cent vingt, il fut vaincu et partit pour le Paraguay. Il ne revint jamais. Artigas y mourut trente ans plus tard, et ses restes ne furent transportés à Montevideo qu’en mille huit cent cinquante-cinq. La statue équestre au-dessus de la place fut inaugurée plus tard encore, en mille neuf cent vingt-trois.
Il n’y avait alors pas de tombeau sous elle. En mille neuf cent soixante-quatorze, la dictature civilo-militaire annula la décision précédente d’enterrer Artigas sous le bâtiment du Parlement et lança un concours pour un mausolée sous le monument équestre. Les architectes Lucas Ríos et Alejandro Morón proposèrent de graver sur les murs intérieurs des paroles d’Artigas. Parmi elles figurait une courte phrase : « Clémence aux vaincus ».
Le gouvernement raya cette phrase. Il autorisa à conserver les dates et les noms d’événements — naissance, bataille de Las Piedras, Exode oriental, exil, mort — mais retira les paroles dans lesquelles Artigas formulait ses propres principes. Le dix-neuf juin mille neuf cent soixante-dix-sept, le président du régime, Aparicio Méndez, inaugura le mausolée. Lors de la cérémonie, le commandant de l’armée Julio César Vadora déclara que les conceptions démocratiques du régime provenaient des pensées et des actes d’Artigas. L’urne fut ensuite descendue dans la salle sous le socle.
Les architectes construisirent une chambre sans l’inscription rejetée, les militaires obtinrent la cérémonie qu’ils avaient préparée, et les restes de l’exilé furent placés sous le cavalier installé ici un demi-siècle plus tôt. En haut resta le nom « Artigas », en bas, l’urne et une liste de dates. La phrase « Clémence aux vaincus » ne fut pas intégrée aux murs du mausolée de mille neuf cent soixante-dix-sept.
Sur place
La place est ouverte toute la journée. Mausolée d’Artigas : lun—ven 10:00—12:00 et 14:30—16:00 ; sam—dim 10:00—16:00 ; entrée gratuite.
Vérifié : date non indiquée. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Si le mausolée est fermé, observez le monument depuis le niveau de la place : le contraste entre le cavalier de bronze et le mémorial caché sous terre se lit tout de même depuis l’extérieur.
