Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Mur de brique
- Sommets arrondis
- Plaque commémorative
L’histoire du lieu
Dans l’espace entre les maisons voisines subsiste un court tronçon du mur par lequel l’administration d’occupation allemande séparait le ghetto de Cracovie du reste de la ville. Au printemps mille neuf cent quarante et un, on y tendit d’abord des barbelés, puis des ouvriers polonais engagés par un service allemand érigèrent une barrière de brique de trois mètres de haut. Les sommets arrondis de la maçonnerie rappellent les matzevot, des pierres tombales juives ; ailleurs, la frontière était fermée par des portes, des fenêtres et des passages de cour murés. Le ghetto n’était pas entouré d’une ligne abstraite sur un plan, mais d’un mur que l’on peut mesurer du regard et de la main.
À l’automne mille neuf cent quarante-deux, Gizela Grünberg, une couturière de dix-sept ans, décida de fuir à travers la frontière du ghetto, rue Lwowska. Elle savait qu’une nouvelle déportation se préparait. Sa sœur aînée, Tauba, avait conservé le cachet attestant son emploi sur son certificat, tandis que Gizela n’avait pas reçu ce cachet après la précédente rafle. Pour les fonctionnaires allemands, cela signifiait qu’une sœur était encore nécessaire comme ouvrière et que l’autre pouvait être envoyée hors du ghetto.
Toutes deux cousaient pour l’entreprise allemande de Julius Madritsch. Ce travail permettait parfois de rapporter en cachette chez elles de la farine ou du sucre et protégeait temporairement de la déportation. L’atelier se trouvait rue Lwowska, tout près de la frontière. L’administration d’occupation allemande avait tracé cette frontière au printemps mille neuf cent quarante et un : on installa d’abord des barbelés, puis des ouvriers polonais engagés par un service allemand construisirent un mur de brique de trois mètres de haut. Dans les espaces entre les maisons apparut une maçonnerie aux sommets arrondis, semblables à des matzevot, des pierres tombales juives. Ailleurs, on verrouillait les portes de cour et on murait les portes et les fenêtres des rez-de-chaussée. Les clés étaient gardées par la police. Sortir sans laissez-passer était puni de mort ; la même peine menaçait quiconque aidait un fugitif.
Gabriela Niedojadło, une amie d’école de Gizela, accepta de l’aider. Elle vivait à l’extérieur, dans la même rue Lwowska, et avait obtenu l’accord de sa mère pour cacher Gizela. Le samedi, Gizela appela un enfant près de la clôture, lui promit de l’argent et l’envoya chercher Gabriela. Elles convinrent de se retrouver le lendemain à l’atelier.
Le dimanche, Gizela sortit avec les ouvrières. Son laissez-passer n’était déjà plus valable, mais les gardes connaissaient la jeune fille de vue et n’avaient pas encore reçu les nouvelles listes. Elle monta au dernier étage de l’atelier et resta plusieurs heures assise dans les toilettes, en attendant la nuit.
Gabriela se présenta aux portes verrouillées et dit au concierge qu’elle devait urgemment aller aux toilettes. Il la laissa entrer, mais lui ordonna de redescendre vite. Lorsque les jeunes femmes sortirent ensemble, le concierge remarqua qu’une seule était entrée et que deux sortaient. Gizela lui glissa l’argent qu’elle avait préparé, retira le brassard obligatoire portant l’étoile et se mit à courir en tenant Gabriela par la main.
Le lendemain, des unités allemandes commencèrent la déportation. Les parents de Gizela et son jeune frère furent emmenés au camp d’extermination de Bełżec et tués. Gizela elle-même se cacha plusieurs semaines chez Gabriela, mais ne parvint pas à obtenir des documents convenables. Tauba resta seule dans l’appartement vidé et demanda à sa sœur de revenir. Gizela se mêla à une colonne d’ouvrières et rentra dans le ghetto en franchissant de nouveau la même frontière qu’elle venait de traverser. Plus tard, les deux sœurs furent envoyées à Płaszów, puis à Auschwitz. Toutes deux survécurent à la guerre.
Les portes exactes de l’atelier n’ont pas survécu. Devant nous se trouve un autre tronçon de la même frontière, rue Lwowska : environ douze mètres de mur de brique entre les maisons. L’inscription sur la plaque commémorative dit que la route vers les camps d’extermination commençait ici. « Ici » désigne l’ensemble du ghetto : les parents et le frère de Gizela en sortirent dans une colonne de déportation, tandis qu’elle franchit deux fois la frontière par des portes d’immeuble verrouillées.
Sur place
Fragment mémoriel de rue en plein air ; l’accès ne dépend que des travaux municipaux ou de fermetures temporaires.
Vérifié : 26 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.C’est un lieu mémoriel en plein air au milieu d’un quartier résidentiel. Ne vous contentez pas d’une photo : éloignez-vous de quelques pas et prolongez mentalement la maçonnerie jusqu’à l’endroit où la ville circule aujourd’hui de nouveau librement.
