Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Le pentagone de pierre du bastion
- La rampe
- Les voûtes de part et d’autre de la rampe
- La plate-forme supérieure
L’histoire du lieu
Les cinq faces du bastion avancent au-delà de la ligne du mur de la ville : depuis elles et les plates-formes latérales, on pouvait tirer le long du rivage et sur les fortifications voisines. En mille six cent quatorze, on posa ici la première pierre du premier grand bastion de la nouvelle enceinte défensive en pierre. La porte voisine et le Convento de Santo Domingo donnèrent à l’ouvrage son nom actuel. La rampe mène à une esplanade publique à ciel ouvert, et les voûtes de part et d’autre conduisaient autrefois aux plates-formes de canons inférieures.
En février mille cinq cent quatre-vingt-six, à l’emplacement de l’actuel pentagone de pierre — le Baluarte de Santo Domingo — subsistait un étroit isthme. D’un côté, la mer des Caraïbes l’atteignait ; de l’autre, les eaux du port intérieur. Par ce passage, large d’environ cinquante pas, des cavaliers et des chariots entraient à Carthagène des Indes.
Le gouverneur Pedro Fernández de Busto se préparait à y arrêter une escadre anglaise. Vingt jours avant son arrivée, les habitants avaient reçu un avertissement de la ville de Saint-Domingue, sur l’île d’Hispaniola : Francis Drake, commandant d’une expédition navale que la reine Élisabeth Ire avait envoyée attaquer les possessions espagnoles, l’avait prise.
Drake avait besoin de butin. Des investisseurs finançaient l’expédition, et des contrats écrits garantissaient à ses participants une part de ce qui serait pris. Les simples marins ne pouvaient compter que sur leur solde et de maigres rations. Avant Carthagène des Indes, les Anglais avaient laissé échapper des navires espagnols chargés de trésors américains, et la rançon versée pour Saint-Domingue s’était révélée bien inférieure à ce qui était attendu. Carthagène des Indes desservait la route commerciale passant par Nombre de Dios, où l’on acheminait les richesses depuis le versant pacifique du continent. Drake comptait y compenser les dépenses de l’expédition.
Les habitants avaient eu le temps de mettre à l’abri leurs familles et leurs biens les plus précieux. Fernández de Busto sollicita des renforts à Tolú et à Mompox, et rassembla des arquebusiers, des lanciers, des cavaliers, des archers indigènes et des tireurs noirs libres. Le plomb et la poudre manquaient ; cet isthme devint donc la ligne de défense décisive.
Un participant anglais à l’expédition en décrivit le dispositif. Les défenseurs élevèrent en travers du passage un mur de pierre avec un fossé. Ils laissèrent un passage pour les chariots et la cavalerie, mais l’obstruèrent avec des tonneaux à vin placés debout et remplis de terre. L’extrémité du barrage atteignait la mer. Six canons tiraient droit sur la route ; onze autres pièces furent placées sur deux galères dans le port intérieur afin de tirer de côté sur le passage. À terre et sur les navires se trouvaient plusieurs centaines de tireurs et de lanciers.
Christopher Carleill, qui commandait les détachements terrestres anglais et cherchait à ouvrir à Drake le chemin de la ville, débarqua ses hommes à l’entrée du port. La nuit, il mena la colonne le long du bord de la mer. Les défenseurs avaient semé la route habituelle de pieux aiguisés, dont certaines pointes étaient empoisonnées, mais les Anglais passèrent plus bas, par la bande de rivage découverte à marée basse. C’est pourquoi la majeure partie du feu de l’ouvrage défensif ne les arrêta pas.
Carleill interdit à ses tireurs de riposter avant que le détachement ne soit arrivé tout près. Les Anglais tirèrent une salve au pied des tonneaux et attaquèrent à la lance. Leurs lances étaient plus longues, et ils disposaient de plus d’armures. Les tonneaux furent renversés. Selon un témoignage anglais, Carleill tua lui-même le porte-étendard des défenseurs, qui était resté à la brèche. Les autres se replièrent, et les assaillants firent irruption dans les rues. À l’aube, la ville était prise.
Les hommes de Drake tinrent Carthagène des Indes durant six semaines. Pendant les négociations sur la rançon, ils incendiaient les maisons des quartiers périphériques. Les habitants durent réunir cent dix mille ducats, principalement en argent. Des femmes de familles aisées proposaient des bijoux en or, des perles et des émeraudes, mais les Anglais n’en acceptèrent qu’une partie : il leur fallait de l’argent. Le butin ne répondit malgré tout pas aux attentes, et les maladies continuaient d’emporter les hommes de Drake. Il renonça à l’expédition projetée de Nombre de Dios au Panama et emmena l’escadre.
Après la prise de la ville, la couronne espagnole chargea des ingénieurs de barrer précisément ce passage par une fortification permanente en pierre. Bautista Antonelli prépara le projet, Cristóbal de Roda l’adapta au terrain, et le gouverneur Diego de Acuña obtint le début des travaux. En mille six cent quatorze, on posa, à l’emplacement des tonneaux renversés, la première pierre du premier grand bastion de l’enceinte défensive de la ville. Il fut avancé au-delà de la ligne du mur : les pièces situées sur ses faces et ses plates-formes latérales pouvaient tirer sur l’approche côtière et sur les sections voisines des fortifications.
Au début, le bastion porta les noms de San Felipe et de Santa María. Il reçut le nom de Santo Domingo de la Puerta de Santo Domingo voisine et du Convento de Santo Domingo. Dominique de Guzmán était un prêtre castillan qui fonda l’Ordre des Prêcheurs ; il n’avait aucun lien avec la défense de Carthagène des Indes. Le nom du saint passa des moines qui vivaient à proximité à l’ouvrage militaire.
Aujourd’hui, le sommet du bastion sert d’esplanade publique, dont une partie est occupée par un restaurant. De part et d’autre de la rampe subsistent des voûtes qui conduisaient autrefois aux positions d’artillerie inférieures. Le pentagone de pierre se dresse en travers du même passage où les hommes de Carleill renversèrent les tonneaux remplis de terre.
Sur place
L’esplanade est exposée au soleil et au vent ; choisissez un endroit calme du côté intérieur et ne bloquez pas le passage des autres visiteurs.
