Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Façade de la maison n° 889
- Dalle commémorative près de la maison
- Mur portant des noms dans la rue Garibaldi
L’histoire du lieu
Magallanes est la forme espagnole du nom de famille de Fernand de Magellan, chef de l’expédition dont le navire fut le premier à achever un tour du monde. La rue Garibaldi porte le nom de Giuseppe Garibaldi, révolutionnaire italien qui combattit en Amérique du Sud, puis pour l’unification de l’Italie. L’histoire du carrefour lui-même se trouve dans la maison située au Magallanes, huit cent quatre-vingt-neuf.
Dans cette maison, les parents adoptifs de Benito Quinquela Martín tenaient un magasin de charbon. En mille neuf cent vingt-cinq, l’artiste acheta le bâtiment pour sa famille, et ses parents cessèrent leur commerce à sa demande : il pouvait désormais les entretenir grâce à sa peinture. Quinquela lui-même dormit dans une pièce attenante à l’ancien magasin jusqu’en mille neuf cent quarante-sept. Après la vente de la maison, les locaux commencèrent à être loués comme logements et ateliers. C’est ainsi qu’une communauté d’artistes se forma ici, et que Magallanes fut plus tard appelée la rue des ateliers.
Dans l’une des pièces à l’étage, Remo Carlos Berardo vivait et peignait. Quinquela lui conseilla d’étudier le dessin ; Berardo exposait des peintures à l’huile et des pastels, peignait les cours de La Boca, les maisons près du Riachuelo et des natures mortes. Son atelier lui servait à la fois de logement, de lieu de travail et de salle d’exposition.
En juillet mille neuf cent soixante-seize, la dictature militaire enleva son frère Amado. Remo le chercha dans les commissariats, les casernes, les prisons et les morgues. C’est là qu’il rencontra d’autres familles qui tentaient elles aussi de connaître le sort de leurs disparus. Elles préparaient une annonce dans la presse avec une liste de noms, recueillaient des signatures et de l’argent pour la publication. Remo autorisa qu’une partie des réunions se tienne le dimanche chez lui, dans l’atelier de Magallanes.
L’officier de marine Alfredo Astiz infiltra ce groupe. Il se faisait passer pour Gustavo Niño, un jeune homme qui aurait lui aussi recherché son frère disparu, et cherchait à connaître les noms et les lieux de réunion. Le huit décembre mille neuf cent soixante-dix-sept, sept personnes armées, en civil, entrèrent dans la maison de Magallanes et emmenèrent Remo, les mains liées. Des voisins le virent être poussé dans une voiture.
Berardo fut conduit dans une prison clandestine installée sur le terrain de l’Escuela de Mecánica de la Armada (ESMA). D’autres détenus l’y virent encore pendant environ une semaine. Puis les gardiens l’emmenèrent ; après cela, il n’existe plus d’informations confirmées. Remo Berardo reste inscrit sur la liste des disparus.
Son frère Julio, qui se trouvait en France, réunit avec des artistes et des défenseurs des droits humains environ quarante œuvres de Remo ayant survécu. À partir de mille neuf cent quatre-vingt-un, elles furent exposées dans des villes de France, puis à Amsterdam et en Suède, afin d’exiger que le sort de leur auteur soit révélé.
La maison de Magallanes a été conservée, mais l’atelier de Remo n’y existe plus. Une dalle commémorative a été posée près de l’adresse, et, dans la rue Garibaldi voisine, son nom est inscrit sur un mur parmi les noms d’autres habitants disparus de La Boca.
Sur place
Rue publique ouverte ; passez-y de jour et ne vous éloignez pas de l’axe fréquenté de l’itinéraire.
Vérifié : 28 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.C’est une rue habitée, et non un décor de musée. Observez les cours uniquement depuis l’espace public accessible et demandez l’autorisation avant de photographier des personnes.
