Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Fontaine des Trois Grâces
- Bâtiments nord et sud
- Façade de pierre le long de la Garonne
- Ouverture sur le quai
L’histoire du lieu
Du déchargement d’un bateau fluvial à la transaction, il n’y avait ici que quelques pas : la place réunissait en un seul lieu tout l’ordre du port. Dans le bâtiment sud, les marchandises étaient reçues, contrôlées et soumises à un droit de douane ; dans celui du nord, les négociants fixaient les prix, concluaient des affaires et réglaient les litiges devant le tribunal de commerce. Deux bâtiments de pierre s’étirent le long de la Garonne, en laissant une ouverture sur le quai. Au milieu, à la place du cavalier disparu, murmure la Fontaine des Trois Grâces, et le nom de la place rappelle encore l’établissement marchand de l’aile nord.
En décembre mille sept cent vingt-huit, le magistrat bordelais Jean-Jacques Bel rédigea à Paris une longue protestation contre la construction de cette place. Le Parlement de Bordeaux l’avait envoyé : à l’époque, ce nom ne désignait pas une assemblée élue, mais la plus haute cour de justice de la province. Bel voulait que le roi arrête le projet, commencé sans l’accord de la cour. Son père lui avait acheté une charge de conseiller ; elle déterminait son service et sa position. Si un fonctionnaire nommé par le roi pouvait contourner le Parlement dans une affaire urbaine de ce genre, le poids de cette charge diminuait lui aussi.
Ce fonctionnaire était Claude Boucher, l’intendant royal, chef de l’administration provinciale. Entre la ville et la Garonne s’étendait alors une muraille médiévale. Boucher voulait l’ouvrir, aménager un endroit pratique pour décharger les marchandises et accueillir les arrivées par le fleuve avec une façade continue de pierre au lieu de fortifications. Les magistrats de la ville résistèrent longtemps. Boucher finit tout de même par obtenir leur accord, mais le Parlement s’éleva ensuite contre lui et envoya Bel plaider auprès de la cour.
Le roi répondit non par une lettre, mais en envoyant à Bordeaux son premier architecte, Jacques Gabriel. Celui-ci inspecta la rive et prépara de nouveaux plans. En février mille sept cent trente, le Conseil d’État autorisa le début des travaux. Bel perdit cette affaire et poursuivit sa carrière de juge ; Boucher obtint le chantier, mais n’en vit pas le résultat final. En août mille sept cent quarante-trois, une statue équestre de Louis XV fut installée au centre, et moins de trois semaines plus tard, Boucher quitta Bordeaux. Les bâtiments furent achevés par son successeur et par le fils de Jacques Gabriel.
De chaque côté de la place, ils installèrent des institutions par lesquelles passaient les marchandises du port. Dans le bâtiment sud travaillaient les fermiers généraux, une compagnie privée qui percevait les impôts pour le trésor. Les cargaisons débarquées des navires étaient introduites dans leur salle, contrôlées et soumises à un droit de douane. Dans le bâtiment nord ouvrirent une bourse de marchands, une chambre de commerce et un tribunal de commerce. Ici, la bourse désignait avant tout le lieu où les négociants fixaient les prix des marchandises et concluaient des affaires, et où les juges examinaient leurs litiges. La situation au bord même de la Garonne raccourcissait le trajet entre le déchargement, le contrôle, le prix et le contrat.
La place s’appela d’abord Royale : tout l’ensemble servait d’écrin au Louis XV de bronze. En août mille sept cent quatre-vingt-douze, les autorités révolutionnaires votèrent la destruction de la statue ; elle fut retirée et fondue. Après de nouveaux changements de nom, l’appellation actuelle, Place de la Bourse, s’imposa à partir de mille huit cent quarante-huit. Le roi n’était plus au centre, mais l’institution marchande du bâtiment nord continuait de fonctionner.
La Bourse de Bordeaux cessa ses activités de négociation en mille neuf cent quatre-vingt-dix. Son bâtiment abrite toujours la chambre de commerce et le tribunal de commerce ; en face subsistent le service des douanes et le Musée national des douanes. La Fontaine des Trois Grâces, installée en mille huit cent soixante-neuf, occupe l’emplacement de la statue équestre disparue, et le nom de la place rappelle le bâtiment où, après la victoire de Boucher, les négociants bordelais entrèrent.
Sur place
Espace urbain ouvert ; accès libre à tout moment.
Vérifié : 28 juin 2026. Vérifiez la source officielle avant votre visite.Placez-vous d’abord plus près du fleuve pour voir la place comme un ensemble, puis approchez-vous de la fontaine. Le Musée national des douanes, à l’intérieur de l’ancien pavillon de service, se visite séparément et n’est pas indispensable au récit.
