Regardez d’abord autour de vous
À remarquer
- Les vingt faces de la tour
- Les embrasures disposées en quinconce
- La muraille attenante du Kremlin de Kolomna
L’histoire du lieu
La tour Marinkina était dite « de Kolomna » d’après la petite rivière Kolomenka, « la Ronde » d’après sa silhouette et « celle de l’Angle » d’après son emplacement dans la forteresse. Elle possède vingt faces, et la muraille du Kremlin de Kolomna s’étend à côté d’elle. Depuis cette tour, située à l’angle occidental du Kremlin de Kolomna, on surveillait la route entre Moscou et Riazan. Les embrasures sont réparties en quinconce entre les différents niveaux : celles du bas permettaient de battre le fossé et les abords proches, celles du haut de tirer plus loin.
À l’été mille neuf cent trois, les chercheurs de Saint-Pétersbourg Gueorgui Sinioukhaïev et Mikhaïl Ratmanov commencèrent des fouilles dans les niveaux inférieurs de cette tour. Ils cherchaient des traces de la célèbre prisonnière : des restes humains, un trésor, la moindre preuve que Marina Mniszek avait passé ici ses derniers jours. Ils avaient été conduits jusqu’ici par une légende qui avait déjà supplanté l’ancien nom de la tour.
Marina Mniszek avait bien vécu à Kolomna, mais elle n’y était alors pas prisonnière. Elle était une tsarine de Russie couronnée, veuve du premier Faux Dimitri et épouse de Faux Dimitri II. Les deux imposteurs se faisaient passer pour le fils rescapé d’Ivan IV le Terrible. Lorsque Faux Dimitri II fut tué, Marina Mniszek chercha à faire reconnaître Ivan, fils de Marina Mniszek, encore enfant, comme héritier du trône. La position de Marina Mniszek reposait sur les prétentions du garçon et sur les cosaques de l’ataman Ivan Zaroutski, qui comptait placer l’enfant sur le trône.
En mille six cent onze et en mille six cent douze, Marina Mniszek vécut à Kolomna avec sa cour de tsarine : elle avait auprès d’elle des boyards, des nobles et des serviteurs de cour. À l’été mille six cent douze, Ivan Zaroutski quitta le camp des environs de Moscou, pilla Kolomna et emmena Marina Mniszek et son fils vers le sud. Ils tentèrent de s’établir d’abord dans les terres de Riazan, puis à Astrakhan. Après plusieurs défaites, ils atteignirent l’île Medveji, sur l’Iaïk, où des troupes gouvernementales les capturèrent à l’été mille six cent quatorze.
Les prisonniers furent conduits à Moscou. Ivan Zaroutski fut exécuté, Ivan, fils de Marina Mniszek, encore enfant, fut pendu, et Marina Mniszek mourut en détention avant la fin de cette même année. Aucun document fiable ne situe Marina Mniszek à Kolomna après sa capture, et moins encore dans cette tour.
La légende lui donna une autre fin. Selon celle-ci, Marina Mniszek fut ramenée ici, enfermée derrière d’épaisses murailles et mourut « de langueur, aspirant à la liberté ». Une autre version lui permit de s’enfuir : la prisonnière se serait transformée en pie et se serait envolée par une embrasure. Dans la première moitié du dix-neuvième siècle, l’écrivain et historien local Nikolaï Ivantchine-Pissarev entendit les récits de vieux habitants de Kolomna et associa la Marinka anonyme de la légende à Marina Mniszek. Après la publication de sa conjecture, le nom populaire s’imposa et, quelques décennies plus tard, poussa Gueorgui Sinioukhaïev et Mikhaïl Ratmanov à fouiller la tour.
Auparavant, la tour Marinkina était dite « de Kolomna », d’après la Kolomenka qui coulait à proximité ; « la Ronde », parce que ses vingt faces semblent se confondre lorsqu’on les regarde de loin ; et « celle de l’Angle », en raison de sa position à l’angle de la forteresse. C’était une tour de guet occidentale qui protégeait la route de Moscou à Riazan. Vingt-sept embrasures sont disposées en quinconce : celles du bas permettaient de tirer le long du fossé et sur les abords les plus proches, celles du haut sur des cibles éloignées. Dans la légende, l’une de ces embrasures devint la fenêtre par laquelle s’envola la pie.
Les fouilles de mille neuf cent trois ne livrèrent ni les restes de Marina Mniszek, ni son trésor, ni aucune preuve de son emprisonnement. Il ne reste ici d’elle que son nom. De la fonction défensive de la tour subsistent huit niveaux, les embrasures et la muraille qui la jouxte.
Sur place
Le territoire du Kremlin de Kolomna est librement accessible à toute heure ; l’intérieur de la tour et la muraille ne sont accessibles qu’avec une visite guidée, selon l’horaire annoncé.
Vérifié : date non indiquée. Vérifiez la source officielle avant votre visite.La tour et la muraille s’observent pleinement de l’extérieur ; ne prenez pas le récit de l’emprisonnement de Marina Mniszek pour un fait établi.
